7. Maroc : du 18 au 25 novembre 2018 (Casablanca, Essaouira)

1046 kms parcourus du 18 au 25 novembre 2018

5073 kms parcourus depuis le départ

Dimanche 18 novembre 2018 :

Nous venons de passer notre dernière nuit en Espagne. La prochaine sera tout début janvier quand nous remonterons en Europe pour contourner la Méditerranée en direction du Proche et du Moyen Orient. Nous quittons donc notre méga top bivouac situé juste au pied de la Plaza de España à Séville, sous la pluie, une très grosse pluie qui nous aurait bien empêchée de visiter cette jolie ville andalouse aujourd’hui. Aucun regret donc de prendre la route. Nous nous dirigeons vers le port pour embarquer vers l’Afrique. Mais auparavant, comme de temps en temps, nous passons un peu de temps à gérer l’intendance du camping-car. Laverie automatique, vidanges et pleins d’eau… ça y est, on est parés ! Juste les voyageurs peuvent nous comprendre je pense mais cette sensation de repartir les pleins d’eau faits et le linge propre, que c’est bon ! Nous avons une bonne autonomie de 240 litres d’eau, ce qui nous laisse quasiment une semaine de réserve. Nous avons certes aussi une mini machine à laver mais vu le temps humide annoncé les prochains jours, on profite de la laverie automatique et de son sèche-linge.

Nous arrivons en début d’après-midi à Algeciras au sud de l’Espagne. Sans trop réfléchir, nous nous rendons à l’agence Viajes Normandie bien connue des camping-caristes français où l’accueil de Juan Carlos Gutierrez est toujours aussi sympathique. C’est la deuxième fois que nous passons par ses services suite à notre première venue au Maroc en camping-car en 2012. Nous repartons avec nos billets aller/retour en date open (on prendra le retour sans réservation quand on voudra, mais à priori le 3 janvier), une bouteille de cidre et un paquet de gâteaux pour les enfants ! Direction le port d’Algeciras où le prochain ferry est prévu à 18 heures. Attente durant laquelle on termine l’école de la journée que nous avions faite en pointillés ce matin. Nous embarquons sur le Tanger Express de la compagnie FRS.

Avec un peu de retard, nous sortons du port et quittons la baie de Gibraltar. Les formalités douanières se font sur le bateau. Premier tampon sur nos passeports ! C’est bien une des premières fois que nous rencontrons un douanier aussi sympathique. Souriant, agréable et nous souhaitant la bienvenue au Maroc ! Aussi, Anaïs lui prépare un dromadaire en origami durant la traversée et va lui offrir ! Nous naviguons de nuit et rapidement le capitaine nous annonce une traversée agitée en raison de conditions climatiques compliquées. Audrey, Anaïs et Victor blanchissent au fur et à mesure de la navigation d’une heure et demie et manquent de peu de remplir les poches à vomi (merci Flo !), déjà préparées préventivement sur la table. D’ici quelques millions d’années, la traversée sera nettement raccourcie car les plaques tectoniques européenne et africaine se rapprochent au rythme d’environ un centimètre par an, contribuant ainsi à la fermeture du détroit… Audrey attend avec impatience ce moment car elle n’aime vraiment pas les traversées maritimes. Et elles le lui rendent bien…

Les lumières des côtes du Royaume du Maroc se font rapidement voir. La devise du Maroc est écrite en grandes lettres éclairées, sur la montagne. Nous pouvons y lire الله ؛ الوطن ؛ الملك   que nous nous faisons traduire par notre voisin de fauteuil, par « Dieu, la patrie, le roi ». Lui aussi a droit à son origami.Le douanier s’occupant de nous délivrer l’importation temporaire du véhicule sur le territoire marocain m’occupe 30 minutes à passer de bureau en bureau. Il me demande ce que j’ai dans ma cabane. Euh ben… Bon, d’un coup de lampe torche, il éclaire l’intérieur du véhicule par la porte d’entrée sans monter dedans. Après un dernier griffonnage sur mon certificat, il me laisse passer la barrière. Celui-là n’aura pas d’origami en cadeau. Fatigués, nous bivouaquons sur le parking juste après les douanes. Ce qui nous permet de retirer quelques Dirhams et d’acheter une carte Sim locale avec du forfait internet.

Malheureusement, la réalité et la triste actualité nous rattrapent en voyant des jeunes migrants tentés par une traversée clandestine, escalader les hauts grillages en vue d’un tremplin vers l’Europe. Le nombre des migrants, originaires du Maroc ou d’Afrique subsaharienne empruntant la désormais « route de l’Espagne » par la mer est en forte augmentation. Les routes migratoires sont en train de changer et aujourd’hui les migrants empruntent le chemin le plus court, celui qui les amène en Espagne que seulement 14 kilomètres séparent du Maroc dans le détroit de Gibraltar. Depuis le début de l’année 2018 et jusqu’au 31 octobre, plus de 50 000 personnes sont arrivées en Espagne, d’après le ministère de l’intérieur espagnol. Combien ont perdu la vie sur des rafiots ayant sombré ? Nous ne pouvons rester insensibles à ces catastrophes humanitaires.

Lundi 19 novembre 2018 :

Premiers kilomètres parcourus au Maroc pour nous éloigner de la zone portuaire. Nous nous parquons sur le parking de la plage de Ksar Sghir pour la matinée. Vue sur les énormes infrastructures du port de Tanger Med.C’est le premier port d’Afrique situé sur la seconde voie maritime la plus fréquentée au monde, le détroit de Gibraltar avec plus de 100 000 bateaux par an. Son activité principale est le transbordement de conteneurs mais il accueille également des ports passager et roulier, des terminaux vraquier, et d’hydrocarbures. Il est en permanence en extension. Nous sommes un peu effrayés par l’extrême pollution de la plage.Après avoir pris notre temps ce matin, nous prenons la route vers le sud. Premier plein de gasoil à 0,93€ le litre. J’enlève mon gilet jaune. Sous une pluie battante, nous espérons trouver un peu de soleil en descendant vers le sud même si la semaine est annoncée pluvieuse au niveau de la météo et même si la température ne descend pas en dessous de 15°. La route côtière jusqu’à Tanger offre de jolis panoramas sur la mer bleu turquoise.

On voit nettement les côtes espagnoles, distantes de seulement 14 kilomètres. Elles paraissent tellement facilement accessibles qu’on comprend que tellement de migrants osent s’embarquer sur des bateaux pneumatiques souvent au péril de leur vie.Rapidement, je n’ai d’autres choix que de me faire à la circulation marocaine… la route en parfait état arrive sans prévenir sur de gros trous dans l’asphalte. Ils sont évidemment remplis d’eau aujourd’hui, rendant encore plus difficile la progression sur la route en tentant de les éviter pour ne pas mettre en péril les organes de suspension et de direction. Les ralentisseurs ne sont pas non plus prévenus, de même que les ânes ou chevaux tractant des charrettes qui changent de direction sans cesse, les vélos et mobylettes qui en font autant. Nous arrivons dans la tumultueuse circulation de la ville de Tanger. Je ne me sors pas trop mal de cette première traversée urbaine… Audrey est bien contente de ne pas avoir le permis poids-lourds, et de pas avoir à se proposer pour me remplacer au volant.

Nous décidons de ne pas visiter la médina de Tanger, qui mériterait pourtant le détour. Mais le temps est vraiment trop désagréable et l’appel du sud tellement insistant… Nous voulons rouler, rouler… Mais la nuit tombante à 17h30 nous oblige à trouver un bivouac environ 30 minutes avant. Notre choix se porte sur Ksar El Kebir. Cette ville n’a pourtant rien d’engageant. Une longue avenue où les habitants circulent très peu en voiture, hormis en petit ou grand taxi, mais plutôt en deux roues ou en âne. L’avenue et les trottoirs sont défoncés et boueux. Les commerçants, souvent très jeunes (certains ont l’âge de Victor) vendent sur le trottoir leur production. Je m’arrête refaire le plein de sciure pour nos toilettes sèches chez un menuisier. Un peu plus loin, dans une minuscule épicerie, 4 yaourts, un kilo de mandarines, 8 petits pains videront mon porte-monnaie seulement de 25 dirhams soit un peu plus de 2€…

Un parking rempli de détritus entre deux immeubles m’inspire. Il n’a pourtant rien d’engageant le long de la voie ferrée. Je ne sais pas pourquoi mais je le sens bien pour la nuit. Audrey valide. Nous sortons saluer les passants, chose que nous faisons à chaque fois pour rassurer les habitants. Avec Anaïs, nous partons tous les deux faire un tour dans la rue principale. Une boutique m’attire, celle d’un grossiste en farine, en pâtes… A peine être entrés et avoir échangé un sourire, nous nous voyons déjà offrir un thé à la menthe. Nous discutons avec le commerçant. Il me montre ses photos des Champs Elysées. Je lui explique que j’aimerais lui acheter de la semoule fine pour réaliser des pains. Il m’en sert une belle quantité dans un sac plastique. Je lui demande la note. Il me dit que c’est gratuit. Je lui pose sur le comptoir une pièce de 10 dirhams qu’il me redonne aussitôt en se fâchant presque…

De retour à la Tiny, Audrey est en train de discuter avec une femme, joliment couverte de son voile, qui est en train de nous inviter à venir se garer un peu plus loin devant chez elle. Nous déclinons sa gentille proposition. Quelques minutes plus tard, on frappe à la porte. C’est cette même femme qui de nouveau nous invite sans nous laisser le choix… Nous ne nous voyons pas refuser. Son fils m’accompagne pour la conduite. Elle, monte avec Audrey dans la Tiny. Il m’indique de quitter la rue principale (déjà défoncée) pour emprunter une piste (encore plus) défoncée, mais vraiment défoncée. On se dirige vers un quartier de petits immeubles aux façades de briques non revêtues. Les déchets polluent les abords des maisons. Rien d’engageant si ce n’est cette invitation.

Le gamin m’indique d’entrer me garer dans une étroite venelle. Je lui explique que ça ne passera pas. Il insiste. J’en fais autant en lui disant que les toits des maisons sont trop rapprochés et que les câbles électriques sont beaucoup trop bas. J’insiste. Il insiste. J’avance. Il avait raison, ça passe… On verra demain pour sortir. J’espère juste que ce n’est pas demain que le camion aura décidé de ne pas démarrer car aucune dépanneuse ne pourra venir ici nous sortir d’affaire.Nous voilà invités à entrer dans la maison de Wafae, cette gentille et souriante femme. Son mari, Hosayn n’est pas là mais nous comprenons qu’elle l’a appelé avant de revenir nous chercher et que c’est lui qui lui a dit de revenir nous chercher. Elle lui passe un coup de fil et me le passe, peut-être une façon de le rassurer. De suite, le contact passe. De suite, nous nous sentons à l’aise. Ses enfants, Jabir, Rihab et Janat rapidement jouent avec Anaïs et Victor qui ont sorti quelques jeux de société de la Tiny. Anaïs offre des bracelets.

Audrey amène le plat qu’elle avait commencé à cuisiner avant que Wafae revienne nous chercher. Nous mettons en commun de quoi partager le repas.

Nos compétences en langue arabe étant aussi limitées que celles de Wafae en français, la discussion est vite difficile. Je sors donc mon portable et lance mon application Google Traduction. Et là, d’un coup, la magie de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance vocale opèrent. Nous pouvons nous parler et nous comprendre via notre smartphone ! C’est la première fois que nous l’utilisons et c’est génial ! La soirée se passe et venue l’heure de se coucher, il nous est difficile de lui faire comprendre que nous préférons dormir dans notre Tiny alors qu’elle commence à nous préparer son lit.Wouah, à peine 24 heures que nous avons posé les pieds au Maroc et déjà une si belle rencontre !

Je parviens à m’endormir malgré mes inquiétudes quant aux moyens que je vais devoir utiliser pour sortir de cette rue demain matin…

Mardi 20 novembre 2018 :

A peine les tartines beurrées, Wafae qui devait guetter l’ouverture de nos rideaux frappe déjà à la porte. Elle nous invite chez elle pour le petit déj. De délicieuses galettes frites, des œufs brouillés, un gâteau, des crèmes de gruyère, et un doux thé à la menthe, dont le verre se remplit au fur et à mesure que nous le vidons, nous régalent.Google Traduction se joint évidemment à nous pour nous permettre de communiquer. Wafae nous montre son superbe travail de broderie. Elle propose à Audrey de l’accompagner chez le tailleur pour qui elle travaille afin qu’il lui prenne ses mesures pour qu’il lui confectionne une tenue.Nous partons finalement tous ensemble nous promener dans la ville bien calme ce matin. C’est en effet un jour férié en raison de la célébration de la naissance du prophète. Le tailleur est fermé.

La promenade dans les rues nous emmène finalement devant une autre maison dont la porte s’ouvre. Nous sommes invités chez Somaya, la sœur de Wafae. Nous sommes installés dans son grand salon juste meublé de banquettes faisant le tour de la pièce, de tables basses et d’une télé à tube cathodique. De superbes textiles couvrent les banquettes, et cachent les fenêtres. D’épais tapis couvrent le sol. Les deux sœurs partent à la cuisine et reviennent quelques instants plus tard avec un second petit déj ! De nouveau, olives, œufs sur le plat, gâteaux, huile d’olive, crème de gruyère, beurre, confiture, et évidemment thé à la menthe nous régalent… bien que nos estomacs soient déjà bien remplis.

Nous passons un très bon moment à échanger. Nous faisons quelques jeux de société avec nos hôtes, Anaïs fait des origamis avec les autres enfants.Nous leur expliquons que nous allons devoir à regret les quitter et prendre la route mais là, vous imaginez la suite… Impossible pour nous de ne pas accepter le couscous de ce midi… Souhaitant participer à ce repas, je demande au mari de Somaya qui nous a rejoints qu’il m’accompagne faire quelques courses au marché. Il sort sa moto et me voici monté derrière lui, partis à contre sens de la circulation à slalomer entre les charrettes et les voitures bien plus présentes dans cette partie centrale de la ville. Bien évidemment sans casque, je vois ma dernière heure arriver… Mais ce n’est rien, comparé au moment où à la fin du marché, nous repartons chargés d’une quinzaine de kilos de fruits et légumes que je tiens d’une main dans des sacs plastiques dont les lanières me cisaillent les mains, gardant l’autre main pour tenter difficilement de me tenir à la moto… Le marché est très bien fourni. J’achète donc aubergines, pommes de terre, raisin, carottes, tomates, courgettes, clémentines, un kilo de chaque, pour environ trois euros le tout…

Audrey reste à cuisiner avec les deux sœurs. Sans la présence d’hommes étrangers dans la maison, les voiles couvrant les cheveux tombent, mais sont rapidement remis dès lors que je reviens.

Je pars chercher la Tiny et finalement arrive à me sortir de cet étroit endroit.De retour, les beaux-parents de Somaya habitant la même maison familiale nous ont rejoints pour partager le succulent couscous. Pas d’assiette évidemment, tout le monde mange directement à même le plat.

Puis vient le moment où nous devons vraiment prendre la route. Il faut leur annoncer mais vous les voyez venir… Ils souhaitent qu’on reste le soir jusqu’au lendemain… Finalement, à 15h30, nous prenons la route. Dans deux heures, il fera nuit, nous ne roulerons donc pas beaucoup aujourd’hui mais qu’importe ! Nous sommes tellement riches de cette nouvelle rencontre ! Merci à cette famille pour son accueil que nous n’oublierons pas. Ça y est, la magie du voyage opère, celles des rencontres dont nous sommes tellement avides. La Tiny n’est pas étrangère à cette rencontre. Certainement que Wafae ne serait pas venue nous chercher si elle n’avait pas été attirée par cette petite cabane en bois… Le hasard vaut bien mieux qu’un rendez-vous !

Sortis de la ville, un policier nous fait signe de nous arrêter… pour nous souhaiter la bienvenue ! Pas de contrôle de papiers, juste un sourire…

Nous roulons, toujours sous la pluie. C’est sur une petite place de village à Sidi Allal Tazi, que nous trouvons un emplacement pour bivouaquer. Aussitôt garés, Anaïs et Victor n’ont pas de mal à se faire de nouveaux camarades…

Mercredi 21 novembre 2018 :

Route vers le sud après une petite récréation où Anaïs et Victor de nouveau jouent avec les enfants du village. En chemin vers Casablanca, nous observons la vie de la campagne et le travail dans les champs. Il se ramasse à la main une sorte de luzerne.

Le niveau de vie n’est pas très élevé dans cette zone. Quelques habitations très précaires sont isolées dans la campagne. De temps à autre, un village aux maisons qui ne seront jamais terminées. A l’approche des villes, certains bidonvilles sortent de terre.

Quasiment pas de voitures, juste au mieux quelques petites motos à 3 roues.

Sur le bord de la quatre-voies, tous les 50 mètres, pendant des kilomètres, de très jeunes enfants vendent en petites quantités, le fruit du chêne-liège. Les glands ou « Ballout » sont de saveur douce. Ils sont ramassés et consommés de manière naturelle crus ou grillés sur des braises à la manière de nos châtaignes, ou encore bouillis dans de l’eau, séchés puis réduits en farine.

Les panneaux sont parfois écrits en langues arabe et berbère, les deux langues officielles du Maroc en plus du français. Mais le français est très peu utilisé ici.Chaque pont ou passerelle sur l’autoroute est surveillé par un ou deux policiers. Nous ne voyons plus comme il y a 5 ans des piétons (ou très peu) traverser l’autoroute, ou bien les bergers garder leur troupeau sur la bande d’arrêt d’urgence.

Nous approchons de Casablanca, la capitale économique du pays et plus grande ville du Maghreb dont la population est de quasiment 4,5 millions d’habitants avec son agglomération. J’ai repéré une adresse, dans la banlieue, d’un garage qui pourrait me changer les amortisseurs, qui m’inquiètent depuis quelques temps. Mais arrivés devant celui-ci, d’une part je m’aperçois à sa devanture que ça ne fera pas l’affaire, d’autre part il est fermé… car aujourd’hui est encore un jour férié pour le deuxième jour consécutif, célébrant l’Al Mawlid, l’anniversaire de la naissance de Mahomet, prophète à l’origine de l’Islam. Mais un autre garage voisin, m’inspirant plus confiance, est ouvert et rendez-vous est pris pour demain matin pour vérifier les amortisseurs de la cellule. Il est trop tôt pour se poser bivouaquer dans cette zone industrielle sans intérêt. Nous décidons d’aller voir la mosquée Hassan II en plein centre de Casa. Elle n’est qu’à une petite vingtaine de kms. Mais c’était sans compter sur l’infernale circulation. Nous mettons plus d’une heure à rejoindre le quartier de la mosquée.Et là il s’agit de trouver une place pour nos 7,30 mètres de long. Les parkings indiqués sur notre application sont saturés. Je me souviens alors de l’endroit où nous nous étions garés il y a cinq ans mais le parking n’existe plus. Finalement, c’est à 2 km que nous trouvons une place, près d’un bidonville. Nous longeons à pied l’esplanade et au fur et à mesure que nous approchons du plus haut édifice religieux du monde, celui-ci nous paraît vraiment majestueux.

La mosquée Hassan II, l’une des plus grandes mosquées du monde, est érigée en partie sur la mer. Le complexe religieux et culturel, inauguré il y a 25 ans, est aménagé sur neuf hectares et comporte une salle de prières, une salle d’ablutions, des bains, une école coranique (madrasa), une bibliothèque et un musée.

 

Le minaret d’une hauteur de 200 mètres est le plus haut du monde.

La salle de prières d’une superficie totale de 20 000 m2 (trois terrains de foot !) peut accueillir 25 000 fidèles et l’esplanade 80 000 fidèles. Elle est surmontée d’une toiture mobile de 3400 m2 pesant 1100 tonnes qui peut se déplacer en cinq minutes. Lorsque le toit est fermé, la salle de prières est éclairée par 50 lustres en verre de Murano dont les plus imposants mesurent six mètres de diamètre, dix mètres de hauteur et pèsent 1200 kg. Pour la finition et les objets religieux, des artisans de tout le royaume ont contribué à couvrir plus de 53 000 m2 de bois sculpté et assemblé plus de 10 000 m2 de zellige représentant 80 motifs originaux. Le plâtre sculpté et peint a été entièrement travaillé sur place sur plus de 67 000 m2. Les coupoles sont en bois de cèdre. Les revêtements de marbre et granit d’origine marocaine représentent 50 hectares de superficie avec une épaisseur moyenne de 14 cm ! C’est l’une des rares mosquées du Maroc accessible aux non-musulmans. Voici quelques photos de l’intérieur remontant à notre dernier voyage il y a tout juste 5 ans.

Tiens, les enfants ont bien grandi…Nous décidons, malgré la nuit, de rejoindre notre zone industrielle pour y bivouaquer ce soir afin d’être sur place demain matin. La conduite est extrêmement difficile. Des milliers de piétons traversent n’importe comment. Plusieurs manquent de se faire renverser par des petits-taxis à la conduite hyper dangereuse. Au lieu des 2 à 3 files d’origine, les conducteurs en créent au moins 2 de plus… La Tiny frôle les autres véhicules. Heureusement que j’ai un co-pilote ! Mais qui ne propose toujours pas de me remplacer au volant. Nuit bercée par le vrombissement des usines et des meutes de chiens errants. Bon d’accord, on a eu des bivouacs plus sympas…

Jeudi 22 novembre 2018 :

Inspection matinale par le mécano et son patron qui descend en costard dans la fosse. Rien d’alarmant au niveau du châssis. Le mécano pense que le déséquilibre de la structure bois vient des lames de ressorts du châssis du véhicule. Je n’y crois pas et pense que le problème vient des amortisseurs reliant le châssis d’origine à celui de la cellule.Les garagistes ne souhaitant pas intervenir m’envoient à une autre adresse. Rapidement trouvé, le mécano se couche sous la Tiny et commence à démonter les mauvais amortisseurs, ceux du châssis… Heureusement que je ne suis pas loin. Aussitôt après avoir démonté le bon, une petite moto-taxi arrive, charge le modèle dans un carton tenu par un sandow et part en acheter dans une boutique.

Durant l’attente, nous offrons un café au mécano et à son patron avant que ce dernier nous offre un thé quelques instants plus tard. Les enfants font école avec Mamantresse et moi j’attends avec le mécano.

Finalement, au bout de deux heures, le mécano revient avec deux amortisseurs d’occasion. Faute de mieux, cela fera l’affaire. Une fois le prix négocié et la note divisée par deux, le remontage est effectué. Je m’en sors pour 9€ de pose et 19€ l’amortisseur… La Tiny retrouve un peu d’horizontalité. Ce n’est pas parfait mais c’est beaucoup mieux.

Nous annulons la visite prévue de Rabat et d’El Jadida, en raison des trombes d’eau nous invitant à filer vers le sud. L’autoroute déserte, nous permet d’enfiler 300 kms dans de bonnes conditions.

L’autoroute s’arrête après Safi et nous empruntons la N1 en direction d’Essaouira. La traversée d’une ville et de son marché nous oblige à slalomer entre les vendeurs, les passants et les véhicules motorisés ou non.

Nous passons devant des producteurs d’huile d’olives qui écrasent des tonnes de fruits. Visite d’un site et achat d’un litre qui nous régalera ce soir à l’heure de l’apéro en trempant des morceaux de pains marocain dedans.

il faut attendre environ 12 à 15 ans pour qu’un arbre puisse donner 15 kg de fruits sur une année. C’est peu quand on sait que pour un litre d’huile, il faut presque 7 kg d’olives !

Bivouac le long de la route dans le village de براكة الراضي. Avec Anaïs, nous partons faire quelques courses dans la rue et revenons avec 4 kilos de légumes pour 1,80€. Le tout avec deux thés à la menthe offerts par le boucher à qui nous n’avons pas eu le courage d’acheter sa viande suspendue à l’air libre et poussiéreux. Nous allons devenir végétariens au Maroc ! Anaïs adore traîner sur ces marchés sauf au moment où elle a vu un monsieur qui appuyait fortement sur la tête d’une poule pour la faire rentrer dans une bassine.

Des cailloux nous sont jetés sur la cabane à l’heure où nous dînons. Je sors en courant et manque d’attraper deux gamins. Un adulte marocain, m’observant, se sent désolé de la situation, se met à chercher les garnements et me promet de surveiller la Tiny et de s’occuper d’eux. Nuit tranquille jusqu’à l’heure de l’appel à la prière lancé du haut du minaret voisin.

Vendredi 23 novembre 2018 :

Les paysages vus ce matin en roulant changent. Le terre devient rouge. Par endroits, les fortes pluies créent en ravinant le sol, des petits canyons.

La paille est stockée et protégée par une couche de terre peut-être mélangée à de la paille.On s’amuse des transports locaux, pas aux normes européennes…

Seulement 1h30 de route nous séparent d’Essaouira, ville portuaire, sur une presqu’île face à l’océan Atlantique où nous comptons nous poser un peu. Nous y étions déjà venus il y a une dizaine d’années mais n’avions pas gardé un excellent souvenir. Certainement, à cause d’un passage humide et un peu trop rapide. Par chance, nous trouvons un bivouac au pied de la médina et du port, les deux attraits principaux d’Essaouira.Nous faisons bien de repasser car la ville nous surprend. Par son ambiance d’abord. Longtemps restée le premier port sardinier du monde, l’ancienne Mogador vit toujours au rythme des marées. Nous nous imprégnons de l’atmosphère de son port en y découvrant les chantiers navals, le va-et-vient des chalutiers, les quais transformés en marché aux poissons où les mouettes, les chats et les locaux attendent le retour de la pêche.

La vente à la criée et les chalutiers à peine les amarres tendues aux quais, attirent une foule de personnes. Les poissons sont serrés comme des sardines dans des caisses aussitôt chargées dans des camions.

Mais de nombreux pêcheurs vendent à même le port le fruit de la pêche.

Les chalutiers rouillés ont des trous dans les coques rafistolées par endroit par des morceaux de tôles rouillées.

Des centaines de petites barques bleues sont entassées à côté de ces gros chalutiers d’un autre âge.

Par son architecture ensuite, où l’ocre rosé des remparts tranche avec la blancheur des maisons aux portes et aux volets bleus. Les rues parfaitement rectilignes, conçues au 17ème siècle, en font un exemple unique d’urbanisme au Maroc. Cernée par les remparts du 18ème siècle, nous entrons dans la médina qui regorge de vie. Essaouira est un bel exemple bien préservé de ville portuaire fortifiée européenne de la fin du 18ème siècle, transposée dans un contexte nord-africain. Les techniques de construction marocaine se sont mélangées à celles d’ailleurs, ce qui engendra des constructions comme cette sqala (fortification) de la médina, ou bien le bastion de Bab Marrakesch.

Nous nous promenons dans les ruelles, les passages couverts et ressentons rapidement l’âme marocaine. Les vendeurs, les passants sont tous sympathiques et nous engageons la conversation avec de nombreuses personnes.

Les artisans ne vendant aucune chinoiserie (ou très peu) ont pris place entre autres dans d’anciens entrepôts maritimes, sous les remparts sans aucune insistance marchande comme on peut, de manière désagréable, trouver dans des villes comme Marrakech.

L’artisanat local consiste surtout à travailler la racine du bois de thuya. Très marquée par ses jolis dessins, elle entre dans le travail de la marqueterie lorsqu’elle est mélangée au bois de citronnier ou d’acacia. Un sympathique artisan nous explique sa passion et comment il incruste la nacre ou l’ébène à son superbe travail.

L’autre spécialité est l’huile d’argan tirée de l’arganier, arbre endémique du Maroc. Elle est très utilisée dans la cuisine traditionnelle mais aussi employée pour ses propriétés cosmétiques. Une femme, travaillant dans une coopérative féminine, nous explique la transformation de la graine en huile.

Un peu plus loin, c’est un luthier qui nous explique la fabrication de ses instruments sur lesquels il tend une peau de dromadaire ou bien encore un autre artisan qui fabrique des percussions.Superbes portes d’entrée au hasard de la médina. Les ferronneries sont usées par l’air salin.

Nous prenons plaisir à déambuler dans cette petite cité où la vie s’écoule tranquillement. Petit arrêt pour boire un thé à la menthe dans un café-bouquiniste où nous entamons des parties de jeux de société. Un autre arrêt pour déguster des galettes (msemen) et une petite soupe de type chorba, non pas au milieu des touristes mais au milieu des locaux d’Essaouira. 

A la différence des grands centres balnéaires marocains, Essaouira se caractérise par une hôtellerie de charme construite dans d’anciennes maisons traditionnelles, des riads, ainsi que quelques hôtels familiaux. Nous poussons la porte d’un superbe établissement.

Samedi 24 novembre 2018 :

Pendant qu’Audrey et les enfants restent à l’école dans la Tiny, je pars me perdre dans Essaouira. En ce début de matinée, je ne rate pas la visite du port de pêche. Des couleurs et une ambiance à découvrir, à vivre. Quelle activité règne ici, c’est incroyable. Entre les retours de pêche et les ventes à la criée animées à même les quais par les locaux, les restaurateurs et les quelques touristes ayant de quoi cuisiner. Ce qui est mon cas, aussi je m’empresse d’acheter quelques poissons dont le vendeur me lève les filets d’un coup de couteau. Les restes vont nourrir les mouettes.

La chaîne du froid est comment dire… maintenue grâce à un seau d’eau ou une poignée de gros sel jetée de temps à autre sur l’étal.

D’autres pêcheurs préparent leurs lignes et leurs filets pour leurs prochaines sorties en mer, qui durent environ 24 heures, alors que d’autres s’occupent de griller les sardines directement sur les quais.

Je m’intéresse de près aux chantiers navals sur les quais. Le travail d’entretien sur les bateaux de pêche de plus de 50 ans est impressionnant. Des planches neuves servent à réparer les coques qui reçoivent un coup de peinture.

Belle vue panoramique sur les îles Purpuraires.

C’est par la Porte de la Marine édifiée en 1806 que je rejoins la médina. J’attends que les marins poussent une barque bleue dont le poids semble être considérable, alors que d’autres sont en pause.

Je m’enfonce dans le réseau de ruelles étroites bordées de hautes maisons blanches aux toits plats et aux volets colorés.

Certaines portes menant à des impasses sont tellement basses qu’il faut se pencher pour y passer. Les enfants s’amusent à jouer au foot avec une simple bouteille en plastique.Recyclage des courroies de distribution en poignée de porte.Un monsieur souriant me prépare une théière brûlante que j’ai du mal à terminer. J’adore ces ambiances de lieux populaires et traditionnels. Ici, pas de touriste, à part moi. La discussion s’engage rapidement et agréablement. Il me propose de rester manger ses boulettes de sardines mais je préfère rentrer manger le poisson frais acheté ce matin…

L’après-midi, en famille, nous prenons le temps de nous perdre de nouveau dans ce dédale de la médina, classé par l’Unesco au Patrimoine mondial.

Pas besoin de plan, car ce serait impossible de s’y retrouver dans ce labyrinthe. On se laisse guider par nos envies. Un coup à droite, un coup à gauche, un autre coup demi-tour car c’était une impasse.

On adore traîner dans le souk à la rencontre des différents marchés regroupés par spécialités : souks aux grains, aux poissons, aux bijoutiers, aux épices, aux tapis, aux instruments de musique… Nous adorons toutes ces petites boutiques où tout se vend et où tout s’achète.

Nous achetons au fur et à mesure de quoi rassasier nos estomacs. Pour quelques dirhams, nous achetons des pâtisseries ou gâteaux de semoule (harcha). Petite pause thé à la menthe où ce ne sont pas les verres qui sont miniatures mais les morceaux de sucre qui sont énormes ! Mais comme dit le marocain qui nous sert, ils s’en foutent du diabète…

Le Mellah est un quartier qui tombe entièrement en ruines. Ces propriétaires l’ont abandonné au profit d’autres quartiers créant une impression de désolation.Un peu plus loin, un ancien caravansérail reconverti en galerie d’art et en antiquaire nous permet de visiter cette superbe demeure.Ravalement de façade aux conditions de travail scabreuses…

Tout au long de notre déambulation, nous apprécions tous les artistes exposant leurs œuvres. Essaouira regorge de galeries d’art.

Et comme dans chaque ville, nous apprécions également les fresques murales et autres éléments de street-art.

Nous avons enfin du beau temps et la balade en plein soleil avec un grand ciel bleu par plus de 22°, est agréable en cette fin novembre… Nous avons ressorti les shorts.

Nous adorons Essaouira, nous sommes réconciliés avec cette médina authentique hors du temps. Le charme a cette fois opéré et nos souvenirs moins bons de notre première visite sont effacés. Un joli coucher de soleil clôt cette agréable journée à Essaouira, l’ancienne Mogador.

Dimanche 25 novembre 2018 :

Tellement charmés que nous décidons de poursuivre le plaisir encore aujourd’hui. Matinée tranquille, école, plage, et mise en ligne de cet article du blog. Les derniers légumes achetés sur le marché sont complétés par des rougets que je viens d’acheter sur les quais voisins.

L’après-midi, nous partons marcher 10 km sur la longue plage d’Essaouira. Petit paradis des kite-surfeurs et des kite-dromadaires.

La plage, nettoyée autour de la ville est rapidement dégueulasse et polluée de plastiques et de pneus. Triste paysage.Nous arrivons aux ruines du palais de Dar Soltane. Bien reculée des circuits touristiques traditionnels d’Essaouira, cette forteresse ensablée est une maison d’un Sultan qui trône au milieu d’une nature sauvage.

L’immense palais de style andalou, effondré et presque enseveli date de la fondation d’Essaouira au 18ème siècle. C’était la résidence d’été du Sultan Mohammed Ben Abdellah qui se trouvait à l’extérieur de la ville, séparée de celle-ci par les rivages de l’oued Ksob. On y accueillait les consuls des différents pays tenant comptoir à Essaouira, alors carrefour des commerces et des traditions du monde entier. On y tenait salon, offrait de grandes cérémonies dans un mobilier luxueux en partie réalisé par des artisans hollandais. Dar Soltane était constituée de cinq pavillons et d’un patio surplombant le bassin de l’oued. Le palais était à ce point visible qu’il servait de point d’alignement aux navigateurs dans la baie d’Essaouira avant d’être déserté depuis la fin du 19ème siècle.

Ce palais est aujourd’hui entouré de dunes créées par la force des vents et des marées sur lesquelles poussent des arganiers. Dans ces ruines, les enfants jouent aux explorateurs.

Retour à la Tiny puis après avoir repris quelques forces, nous partons une dernière fois nous perdre dans la médina. Une gargote populaire nous sert 4 soupes marocaines, une assiette de pois chiches et 4 thés (bien sucrés…) à la menthe pour 4€ le tout…

Nous sommes surpris par l’ambiance de nuit de la médina qui grouille de monde. Les gens mangent dans la rue des assiettes d’escargots. Il y a encore des marchands vendant du poisson. Dernière nuit à Essaouira, bercés par les mouettes faisant les 100 pas sur le toit de la Tiny.

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