8. Maroc : du 26 novembre au 4 décembre 2018 (la côte Atlantique de Essaouira à Foum Assaka)

450 kms parcourus du 26 novembre au 4 décembre 2018

5523 kms parcourus depuis le départ

Lundi 26 novembre 2018 : Nous quittons la séduisante et envoûtante Essaouira, celle où nous avons aimé nous perdre dans ses ruelles, celle où nous avons tenté de nous laisser porter par son rythme. Route vers le sud. Arrêt dans notre premier supermarché au Maroc. On s’aperçoit que les prix sont très élevés, bien plus chers qu’en France. On se limite à juste quelques articles qu’on ne trouve pas sur les marchés. C’est d’ailleurs quelques kilomètres plus loin qu’Audrey fait un gros plein de légumes à moins d’un euro le kilo. Durant ce temps, j’observe toujours la cellule qui, selon les mesures et les points de repère que j’ai depuis quelques temps, travaille toujours un peu. La porte d’entrée ferme de plus en plus mal. Le cadre de cette même porte vient de se fissurer. Je n’ai plus la place pour insérer la clé du bouchon de gasoil car la cellule est descendue. Le verrou de la porte intérieure des toilettes ne ferme plus. Cela m’inquiète beaucoup. Je n’ai pourtant rien observé lors des dernières inspections. Nous traversons de jolis paysages où sont cultivés essentiellement des arganiers.

C’est l’essence forestière incontournable du grand sud-ouest marocain et de ses paysages arides aux brumes fréquentes. La terre aride et le climat largement ensoleillé conviennent parfaitement à l’arganier qui n’a besoin que de peu de pluie. Heureusement car il ne pleut que de 30 à 50 jours par an sur la côte à Agadir, encore moins plus au sud, de 15 à 30 jours par an seulement. Il va puiser l’eau jusqu’à 25 mètres sous terre. L’arganier est un arbre à usages multiples. Il sert de matériau de construction et de bois de chauffage, mais il est surtout exploité pour ses fruits dont l’amande contenue dans le noyau est utilisée pour son huile à usage alimentaire ou cosmétique. Des vendeurs mettent en avant leur production d’huiles sur les bords de route.Enfin, l’arganier sert de nourriture aux chèvres qui sont capables de grimper jusqu’à plusieurs mètres de hauteur pour déguster ce fruit dont elles raffolent. Quelques bergers gardent des troupeaux de chèvres.

Notre étape de ce midi est prévue, sur les conseils de nos amis voyageurs Catherine et Philippe, sur la plage du village de pêcheurs d’Imsouane. Le village est blotti en bas d’une falaise.

Arrivés dans le village, nous croisons plus de surfeurs venus des 4 coins de l’Europe que de marocains. Plus de bermudas à fleurs que de djellabas, gandouras ou sarouels. Plus de bikinis que de Niqab, hidjab, burqa, les trois types de voiles couvrant plus ou moins les femmes marocaines. Pendant qu’Audrey prépare le repas, j’enfile mon plus beau costume de mécanicien et me couche sous mon véhicule pour l’ausculter sous ses moindres coutures. Et là, c’est le drame. Je m’aperçois que le châssis tubulaire sur lequel est construit la cellule en bois est rompu net au niveau d’un longeron longitudinal, à l’endroit d’un silent-bloc avant. L’avant droit de la cellule est donc en train de s’effondrer. Je suis dépité. J’ai l’impression que cela s’est aggravé depuis mon dernier arrêt il y a quelques kilomètres.Que faire là où on est ? La prochaine ville, Agadir, est à 80 kms. Vu l’état des routes et la présence de trous, ce n’est pas prudent de prendre la route. Faire appel à l’assistance en vue d’un remorquage ? J’y pense mais le véhicule ne souffrirait pas moins chargé sur une dépanneuse. Je préfère prendre le risque de rouler en ménageant au maximum la Tiny. Mais où aller ? Je m’empresse de regarder sur l’application de partage entre voyageurs, Ioverlander, mais pas de mécanicien dans le secteur. Je lance un appel sur Facebook et sur l’indétrônable groupe des Familles Autour Du Monde et il ne nous suffit que du temps du repas (durant lequel je n’ai aucun appétit…) pour déjà avoir plusieurs adresses sur Agadir. Un contact nous est proposé par deux familles de voyageurs différentes (Merci Valérie, Christian et Nathalie !). C’est le plus près et il est sur notre route quelques kilomètres avant d’arriver à Agadir. Audrey, plus encore que d’habitude, m’aide à anticiper chacune des imperfections de la route. Évidemment, nous devons passer par une route sinueuse de montagne. Tant pis pour la vallée du paradis dans laquelle nous voulions aller aujourd’hui. Nous profitons tout de même d’un aperçu sur les premières cimes enneigées du Haut-Atlas. Sur les bords de route, quelques troupeaux de dromadaires.  

A l’approche d’Agadir, d’énormes plantations de bananiers alternent avec des zones très arides et désertiques où rien ne pousse et personne ne vit. Quoique certains abris nous semblent habités.

  En roulant à 30 ou 40 km/h, nous arrivons à Aourir chez Ali. Ali le magicien, on espère ! Sans avoir regardé, il me dit déjà que tout est possible… Ali a l’habitude de dépanner des voyageurs. Dans la cour, il y a déjà un couple australien et un couple allemand. En voyant les miracles qu’il est en train de faire sur leur carrosserie, cela me rassure. Il se penche sous le châssis pendant que je lui explique le problème. Mais le muezzin vient d’annoncer l’appel à la prière, celui où le soleil se couche. Il est donc trop tard pour intervenir maintenant. Rendez-vous pris pour demain matin. Apéro de réconfort pour fêter notre rencontre avec Ali ! Nous allons dormir rassurés d’être entourés d’un Mac Gyver. Nous sommes garés dans une cour pas très ordonnée mais bien calme par rapport à la rue par laquelle nous sommes arrivés.

Mardi 27 novembre 2018 : Après avoir partagé quelques morceaux de pains trempés dans de l’huile d’olive assis sur deux pneus dans l’atelier d’Ali, celui-ci envoie son compagnon Mohammed pour commencer à travailler sur la Tiny. Cela commence par le démontage du réservoir de gasoil, celui des eaux usées des toilettes et enfin le receveur de la douche. Le verdict tombe vite et est conforme à ce que nous avions envisagé et aperçu hier.

Mohammed aligne les deux morceaux du longeron sectionné à l’aide de crics, soude, découpe et installe deux gros renforts pour consolider le tout. Ce renfort est troué à plusieurs reprises afin de pouvoir boucher chacun de ses trous de soudure, comme des rivets. En plus, il installe deux silent-blocs de plus pour éviter le porte-à-faux à l’avant de la cabane. En début d’après-midi, la réparation est déjà terminée et me paraît bien faite. L’avenir le dira.

Je profite des compétences de mon Mac Gyver pour lui demander si on ne peut pas ajouter un deuxième réservoir de gasoil car je me sens un peu juste avec mes à peine 500 km d’autonomie. Il me répond que… tout est possible. Il suffit de quelques instants pour qu’il trouve un réservoir identique à celui d’origine. Il en avait un en stock.Comme tout est possible, je lui demande également d’ajouter une lame de ressort de chaque côté au niveau des suspensions arrières. Les trois lames d’origine sont bien écrasées par le poids du véhicule. Il commence le long démontage de l’essieu arrière et trouve rapidement deux lames neuves adaptées au véhicule. La journée se termine. Les mécanos ont bien travaillé et je suis content de leur travail. Les deux frères d’Ali, Ousain et Omar, se relayent sur le véhicule en plus de Mohammed. Mercredi 28 novembre 2018 : Journée mécanique pour Ali et son équipe. Journée plomberie pour moi à modifier l’emplacement de l’évacuation de la douche et de celle des toilettes, qui vont être utilisées par le deuxième réservoir de 60 litres. Journée à se rouler sous le véhicule dans la poussière. Journée à bien avoir chaud sous ma combinaison.Journée à gérer un peu d’intendance et à profiter du chaud soleil marocain pour lancer une lessive.

Journée où Anaïs et Victor travaillent sérieusement.Ils alternent également jeux dans la Tiny ou bien dehors dans l’aire prévue spécialement à cet effet…

Ils sont très mignons, patients et compréhensifs. Ils ont besoin qu’on leur explique les problèmes. Victor est avide de petits schémas explicatifs.Audrey fait un saut à la plage voisine avec eux mais il ne leur est pas très aisé de construire des châteaux et de creuser des tunnels avec des galets et ils préfèrent autant revenir au tas de sable de chantier dans la cour du garage.

Nous nous échappons quelques instants au souk hebdomadaire d’Aourir. Les vendeurs arrivent en camions ou en voitures chargés de tonnes de fruits, de légumes, d’épices, de vêtements, de quincaillerie.

Achat sans se ruiner de nourriture pour les jours à venir. Nous prenons toujours autant de plaisir à flâner sur ces marchés très colorés et très odorants.

Dans la rue nous ramenant au garage, nous trouvons toutes sortes de commerces. Tout se trouve, tout s’achète. J’y trouve mon bonheur : tous les raccords de plomberie nécessaires à mes modifications. Chez Casto, y’a peut-être tout ce qu’il faut mais là aussi… et environ 5 fois moins cher !

Les travaux mécaniques pendant ce temps avancent bien. Quand il manque une pièce aux mécanos, ils la fabriquent à coup de lapidaire et de poste à souder comme ce support de réservoir de gasoil.

Jeudi 29 novembre 2018 : Derniers coups de clés et de meuleuse pour finaliser le remontage des suspensions et des réservoirs. Les 3 mécanos avancent bien. Toujours pas de devis, on verra la facture à la fin des travaux mais nous avons confiance en Ali, recommandé par nos amis voyageurs. Effectivement, venue l’heure de la note, Ali est plus qu’honnête et pour le même prix en France, je n’aurais même pas eu le simple montage des lames de ressorts. Tant mieux, notre bonne étoile nous suit toujours. Nous repartons en fin d’après-midi soulagés de la réparation du châssis et des modifications faites qui vont nous apporter du confort de conduite. Nous ne faisons que traverser la ville d’Agadir, bétonnée à outrance.

Elle ne nous invite pas à nous y arrêter d’autant plus que nous avons rendez-vous avec nos amis voyageurs Valérie et Christian. Nous nous étions vus par deux fois en Amérique du Sud, au Chili et en Uruguay. C’est aujourd’hui de l’autre côté de l’océan que nous nous retrouvons avec grand plaisir à Tiznit. Ils voyagent depuis 5 ans au volant de leur gros camion Man de 12 tonnes. La Tiny a l’air bien petite à côté de leur grosse mais confortable monture.

Nous passons la soirée à nous raconter nos deux années passées depuis notre dernière rencontre. Ils nous racontent leurs aventures en Afrique de l’ouest, leur ensablement dans les dunes de sable, leurs bivouacs de folie au milieu de nulle part. Vendredi 30 novembre 2018 : A peine réveillés et sortis de la cabane pour partager le petit déj, Valérie nous demande si nous avons fait une bonne grasse matinée. Ben non, il n’est que 8 heures. Ah non, me répond-elle, il est 9 heures. Têtu et sûr de moi, j’insiste en répétant qu’il n’est que 8 heures. Google aura finalement le dernier mot. Il est bien 8 heures. Nous avons changé d’heure en arrivant au Maroc alors qu’il ne fallait pas. Cela fait 15 jours que nous vivons à la mauvaise heure ! On est donc bien content d’avoir à partir d’aujourd’hui une heure de jour en plus. Il ne fera donc nuit qu’à 18h30 et plus à 17h30. Nous partons, après avoir tranquillement poursuivi autour de cafés nos discussions bien sympathiques et nous être baladés dans la médina de Tiznit. Cette ville est bien agréable à l’abri de ses superbes remparts construits en pisé.

Le midi, nous allons acheter des côtes de dromadaire chez le boucher puis allons chez son voisin de souk, dans un petit resto où nous donnons notre viande à griller. Celle-ci nous est ramenée accompagnée d’une bonne salade de tomates. Cette tendre viande rouge est succulente. Nous nous régalons.

Nous prenons du plaisir à déambuler dans la médina et ses souks.

En repartant, nous croisons un curieux véhicule de voyageurs français qui ont greffé une demi coque de Renault 4L et un hard top de 4x4 sur un vieux fourgon Mercedes de la génération d’avant le nôtre, totalisant plus de 600 000 km mais qui malheureusement ne passera plus les prochains contrôles techniques.Nouvelle soirée à réaliser avec fierté et honneur notre deuxième défi du voyage. C’était le dernier jour pour le réaliser. Mission accomplie Boris ! Voir la page consacrée aux défis.

Samedi 1er décembre 2018 : Nous disons au revoir à nos amis ou plutôt à bientôt car nous espérons pouvoir nous revoir d’ici quelques semaines à Ouarzazate. Courte route vers la côte pour rejoindre le village de Aglou. Nous apprécions les modifications apportées à la Tiny par Ali car la conduite est plus souple. Nous arrivons sur le littoral océanique. La forte rosée matinale s’est dissipée mais pas cette brume océanique. Ces deux dernières sont portées par les courants froids des Canaries non loin de là.Agréable discussion avec Christophe et ses deux jeunes filles découvrant le littoral sablonneux en moto. Cette famille profite de 8 mois de vacances annuelles après 4 mois intenses d’activité saisonnière dans le Médoc en période estivale. Chouette vie également !Superbe temps et douces températures aux alentours de 25 degrés pour aller marcher sur la plage où nous observons de magnifiques paysages. La roche est creusée, ajourée, sculptée par l’érosion des vagues créant des grottes sous-marines.

La spécificité de ce village de pêcheurs est la présence de caves troglodytes creusées dans la falaise. Ce sont des cabanes de pêcheurs mais beaucoup d’entre elles semblent habitées.

 

Agréable promenade ensoleillée sur la plage où nous observons des pêcheurs à la ligne affrontant les éléments et les puissantes vagues océaniques.

Une belle route asphaltée depuis peu nous amène 30 kilomètres toujours plus au sud à Mirleft, autre ville côtière que nous rejoignons avec Ahmed, un sympathique auto-stoppeur marocain.Nous trouvons un superbe bivouac en bord de mer.

Promenade dans un chic quartier de belles maisons habitées par des européens ou bien par de riches marocains.

Magnifique coucher de soleil du haut de la falaise.

Dimanche 2 décembre 2018 : Nuit calme mais nous avons presque été gênés par le bruit des déferlantes s’explosant sur les rochers. Enfin, nuit calme jusqu’à ce qu’un plaisantin vienne frapper à la Tiny à 6 heures du mat’, certainement le gardien du quartier résidentiel venu chercher une pièce. Les enfants parviennent à se concentrer sur l’école malgré le superbe paysage. Ils s’égarent par moment en se laissant aller en regardant par la fenêtre. On ne peut pas leur en vouloir ! Petite pause café pour Mamantresse.Victor continue ses petites créations car pour lui aussi, les affaires commencent à bien marcher.Une belle route côtière nous permet de descendre toujours un peu plus au sud. La route est magnifique et traverse des paysages vallonnés de toute beauté. La terre rouge est ravinée lors des fortes pluies.

Nous arrivons d’ailleurs à Sidi Ifni où de violentes inondations ont fait des dégâts considérables en 2014. D’importants travaux sont toujours en cours.

L’approche des villes de taille moyenne est comme souvent étonnante, avec de grandes avenues à 4 voies, bordées de trottoirs bien aménagés et de beaux lampadaires. Un barrage routier nous fait ralentir et on attend un signe du policier nous accordant le passage en échange d’un petit signe de la main. 

Nous allons faire nos courses sur le souk hebdomadaire prenant place sur l’ancien aéroport espagnol. Sidi Ifni est restée espagnole jusqu’en 1969 alors que le Maroc a pris son indépendance en 1956.

Les femmes portent de jolies tenues colorées.

D’agréables odeurs de tajines parfument les allées du marché.Nous en profitons pour nous ravitailler.

Nous faisons une très sympathique rencontre avec Aurélie et David, un couple de français s’étant installé à Sidi Ifni et vivant de transactions de fourgons entre la France, le Maroc et d’autres pays un peu plus au sud. Chouette moment. Demi-tour et route vers le nord sur une dizaine de kilomètres car nous venons de nous apercevoir, en buvant un thé à la menthe dans une gargote entourée d’hommes jouant aux cartes (à la ronda !), que nous avons loupé une des plus belles plages du Maroc ! Nous revenons donc sur nos pas jusqu’à Lezgira. Une piste un peu défoncée nous éloigne de la route et nous permet une nouvelle fois de poser bivouac dans un petit paradis. Nous surplombons la longue plage.

Nous descendons à travers une végétation étonnante jusqu’à l’océan.

Anaïs et Victor s’amusent bien lors de cette descente scabreuse au fond d’une ravine.

Avec tristesse, nous tombons encore sur des tas de poubelles que le resto de la plage jette juste derrière son établissement. Aux prochaines pluies, tout finira dans l’océan.Magnifique promenade malgré une journée plus brumeuse que les autres mais la température est toujours de plus de 20 degrés.

La plage de Legzira est réputée pour ses arches.

Malheureusement, l’érosion et les agressions de l’océan ont eu raison de la plus belle des arches en 2016. Aujourd’hui, c’est un tas de roches.

Voici à quoi elle ressemblait il y a encore deux ans.Longue plage bien agréable. Vous la voyez, la Tiny, tout en haut à droite de la photo ? C’est là notre chambre d’hôtel 5* avec vue sur mer ce soir…

De retour à la Tiny, nous avons du mal à nous lasser de ce si beau panorama.Apéro-coucher de soleil agrémenté d’olives épicées.

Malheureusement, notre stock de bouteilles fond un peu trop vite et notre cave est bientôt à sec… Je ne suis pas certain qu’on tiendra jusqu’à notre retour en Europe pour refaire le plein.

Lundi 3 décembre 2018 : Joli réveil où la brume océanique a du mal à se dissiper jusqu’aux premiers rayons du soleil. Encore une jolie vue par la fenêtre. On n’a vraiment pas besoin de télévision, il nous suffit juste de regarder par notre grand écran et tous les jours l’image change et ce qu’on y voit est bien plus agréable… Anaïs et Victor nous rejoignent dans le lit pour un câlin. Nous ouvrons l’enveloppe du calendrier de l’avent préparé par Anaïs. Chaque jour depuis le 1er décembre, l’un de nous quatre découvre un petit cadeau. Le petit déjeuner terminé, l’école commence. Le casque audio sur les oreilles, comme tous les matins, je trie les photos de la veille, je les sauvegarde, et j’écris ma journée de la veille. Petit rituel en buvant des cafés.Nous prenons la route un peu avant midi et nous arrêtons acheter du pain car ce n’est pas certain que nous en trouvions ce soir à Foum Assaka. Sortis de Tizi Ifni, les paysages deviennent désertiques. La végétation est rase. Les cultures se limitent à quelques parcelles où poussent des cactus, des figuiers de Barbarie.

Sur 40 kilomètres, un seul village, Sidi Ouarzeg, dans lequel nous nous arrêtons pour manger mais nous n’y croisons que deux pêcheurs.

La porte d’un mausolée est ouverte. Nous la franchissons et découvrons la sépulture de certainement quelqu’un d’important du village.

Nous reprenons la jolie route bien asphaltée pendant une quinzaine de kilomètres. Pas de signe de vie. Nous ne croisons aucun véhicule.

Nous marquons l’arrêt à une citerne souterraine me rappelant celle présente sur les terres de mes arrières grands-parents maternels au Mafraque près d’Abanilla en Andalousie.

Puis c’est une piste qui se présente à nous en direction de Foum Assaka. Elle ne mesure qu’1,5 kilomètre de long mais elle est très scabreuse. Elle mesure tout au plus la largeur de la Tiny. Il ne s’agit pas de croiser quelqu’un. En même temps, ce ne serait pas de chance car nous sommes seuls au monde depuis le début d’après-midi. Première vraie piste avec quelques passages techniques avec la Tiny qui se comporte bien. Certainement qu’avec un camping-car à traction avant comme celui que nous avions en Amérique du Sud, nous ne serions pas passés ici. Même les écureuils n’en reviennent pas de nous voir passer là.

Puis nous arrivons dans le village, où ce qu’il en reste. Il est désert, semble abandonné. Les maisons sont restées pour beaucoup d’entre elles en phase de construction. Nous ne croisons personne, même pas un chien errant.

Nous cherchons le Rayon vert, restaurant conseillé par beaucoup de voyageurs. Mais même lui est fermé. Du moins, ses propriétaires ne sont pas là car c’est bien le seul bâtiment habité du village. Pourtant, sa terrasse doit être bien agréable et il paraît qu’on y mange de délicieux tajines de poulpe…Tant pis. Les enfants passent l’après-midi à jouer sur la plage. Je pars me promener seul à la recherche d’une hypothétique âme. Mais pas une ne semble vivre ici. Soudain, j’aperçois à contre-jour des rayons du soleil une silhouette. Je m’approche d’elle mais au fur et à mesure, elle s’éloigne, je pense, volontairement de moi.

Demi-tour et de nouveau, j’aperçois deux silhouettes sur la plage au loin. Je m’en approche. Ce sont Anaïs et Victor qui font des trous dans le sable, qui réalisent des mandalas et qui colorient des galets…

Je rentre à la Tiny. Une mobylette arrive. Dans un français très approximatif, l’homme me dit qu’il est le gardien de Foum Assaka, certainement dans le but d’obtenir en échange quelques dirhams. De nouveau, je monte à pied vers le Rayon Vert, j’aperçois une paire de chaussures devant la tente. Un homme berbère en sort, avec un grand sourire. Ali m’explique qu’il est pêcheur et qu’il fournit le restaurant en poisson. Il vient de marcher 40 minutes pour venir vendre sa pêche. Lui aussi est déçu que le propriétaire ne soit pas là. Mais il espère qu’il va revenir ce soir. Nous aussi. Mais il ne viendra pas. Le pêcheur à la nuit tombée retourne chez lui avec ses poissons dans son sac à dos. Il me dit que quand il aura du réseau, il appellera le propriétaire du resto pour lui dire qu’il aura des clients demain midi. Finalement, nous continuons la piste durant 200 mètres et allons bivouaquer au pied du resto. La vue est encore plus belle. Nuit bercée par le vrombissement des vagues et par celui de la moto du propriétaire qui arrive alors qu’on est déjà couchés.

Mardi 4 décembre 2018 : Effectivement, la vue est superbe sur cette plage déserte. Victor tente de négocier de ne pas faire école ce matin pour aller faire une cabane sur la plage avec des morceaux de bois flottés. Mamantresse, tendre mais ferme, ne cède pas. Comme chaque matin, l’école commence par une petite rédaction sur ce que les enfants ont découvert et ressenti la veille. Finalement, fiers du travail accompli après deux heures de classe, Anaïs et Victor ont pour eux une immense et magnifique cour de récréation ! Nous sortons et sommes accueillis avec un thé à la menthe, par Mohamed, propriétaire avec Rachid du Rayon Vert. La vue depuis leur terrasse est magnifique. La plage est déserte.

Mohamed nous explique que le village est plus animé le week-end ou pendant les vacances où les gens de la ville viennent ici dans leur maison secondaire. Il y a seulement trois habitants à l’année. Nous sirotons notre thé et observons avec bonheur Anaïs et Victor jouer sur la plage constituée de galets et de sable fin.

Nous savourons ce voyage qui ne fait que commencer. Nous décidons de passer finalement la journée sur cette plage déserte. Le temps est magnifique et la température est toujours de 25°. On profite d’un peu de la fraîcheur car à partir de demain, on rentre un peu dans les terres où il fera près de 30°… Le tajine commandé ce matin est prêt et nous est servi pour le repas de midi. Un savoureux tajine de daurade mijoté avec des poivrons, des tomates, des raisins secs, des olives, des citrons et des épices, superbement parfumé. Suit un autre tajine, de petite bananes dorées à la cannelle. Un régal à moins de 5€ par personne !La journée se passe à prendre notre temps, à boire des thés à la menthe et à jouer (torse nu début décembre…) avec nos amours d’enfants sur la plage. Que c’est bon d’être coupés du monde, d’être si isolés, de ne pas avoir de réseau téléphonique et internet… Nous vivons une journée de bonheur.

Nous profitons de notre dernier coucher de soleil sur l’océan Atlantique. Le prochain sera en Afrique Australe dans 1 an et demi…

Nous observons deux pêcheurs tendant des filets qui resteront le temps de la prochaine marée nocturne.Apéro avec une bouteille de Bordeaux qu’Audrey avait eu en cadeau de la part d’un papa d’élève (coucou Lukas…) à la fin de l’année scolaire dernière avec pour mission de la boire pendant le voyage. Mission accomplie.

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