10. Maroc : du 10 au 15 décembre 2018 (Tafraoute, gorges d’Aït Mansour, Tata)

605 kms parcourus du 10 au 15 décembre 2018
6321 kms parcourus depuis le départ

 

Lundi 10 décembre 2018 :

Après avoir passé trois nuits dans la reposante et ravissante oasis de Amtoudi, nous reprenons notre cavale au volant de notre Tiny, notre fidèle Tiny qui fait désormais partie de notre famille. Elle est notre complice, notre fidèle partenaire, notre inséparable coéquipière. Sans elle, le voyage ne serait pas le même, sans aucun doute. On prend soin d’elle, on est à l’écoute du moindre de ses bruits, on l’entretient. On s’y sent bien. C’est notre cocon, notre doudou, notre refuge, notre coquille, notre abri. Chacun de nous y a trouvé sa place. Que ce soit en conduite ou en bivouac, on a chacun nos repères et nos habitudes… Bon moi, j’occupe toujours un peu la même place mais qui me convient très bien. Audrey est mon copilote indispensable pour conduire notamment dans des pays où les repères et les habitudes de conduite ne sont pas ceux auxquels nous sommes habitués. Elle a toujours l’appareil photo prêt à être déclenché. Elle a également toujours sur les genoux la carte dépliée qui sert de complément à l’application Osmand+ me servant de GPS. Anaïs et Victor passent beaucoup de temps à observer, à répondre aux signes de la main des personnes que nous croisons, à faire des bracelets brésiliens, à lire sur la liseuse, à écouter de la musique. Ils continuent à tour de rôle de passer de temps en temps à l’avant avec nous en se faufilant à travers le petit passage entre la cellule et la cabine. Ils nous posent mille questions. Ils s’intéressent à tout. En position de bivouac, les enfants aiment se réfugier dans leur chambre de 1,30 m² chacun. Ils tirent leurs rideaux et sont alors dans leur petit cocon. Parfois, mais rarement, ils se chamaillent… Le petit rythme quotidien est bien pris et semble convenir à tout le monde.

Nous sommes donc sur la route et roulons en direction de Tafraoute. Les paysages sont toujours aussi fascinants. Les montagnes plissées, à une altitude moyenne de 800 mètres sont vraiment très jolies.

L’aridité prend fin dès lors qu’un petit cours d’eau descend d’un sommet. La vie reprend alors et on retrouve quelques habitations où le pisé est progressivement remplacé par des constructions en matériaux plus résistants.

Ailleurs, c’est le désert. La rare végétation est composée d’arganiers et de bas buissons broutés par les ânes et les chèvres.

Puis nous grimpons pour arriver aux alentours des 1200 mètres d’altitude. Nous voyons alors apparaître des champs cultivés.

De belles demeures font également apparition. Nous n’en avions pas autant vues plus au sud.

En haut d’un promontoire, nous voyons un grenier circulaire, différents de ceux vus dans l’oasis de Amtoudi car ils y prenaient la forme du rocher sur lequel ils étaient construits.La route est asphaltée mais pas sur toute sa largeur. Il faut donc sérieusement ralentir à chaque croisement…

On retrouve souvent sur les maisons ou dessiné sur les montagnes le symbole du drapeau berbère qui représente l’homme et la culture berbère. C’est aussi un signe d’appartenance.

L’arrêt de ce midi se fait à Ifrane-Anti-Atlas, commune rurale pleine de vie. On y trouve tous les petits commerces. Un me vendra une nouvelle carte SIM (car en entrant dans les montagnes de l’Atlas, l’opérateur Inwi fonctionne beaucoup moins bien que Maroc Telecom), un autre nous servira un thé pendant que les enfants restent faire la vaisselle dans la Tiny… Puis la route reprend toujours avec de beaux paysages une fois rejointe la route 104 au niveau du col de Kerdouss. Nous arrivons à notre point de bivouac conseillé par d’autres voyageurs quelques kilomètres avant Tafraoute dans une sublime palmeraie. Elle est immense et les montagnes aux alentours ont des formes incroyables.

Cette palmeraie est privée mais le tarif pour y passer la nuit est de 0,90€… L’un des trois gardiens vient nous accueillir. Puis c’est au tour de Neima, qui vient nous proposer ses services de lavage de linge et de livraison de repas. Nous lui commandons 4 soupes marocaines qui nous feront le repas de ce soir et de demain tellement elles sont copieuses. Puis, c’est le coiffeur à domicile qui se propose au guidon de sa mobylette. Non merci…

Nous sommes entourés de palmiers et d’amandiers, deux arbustes endémiques de la région de Tafraoute. Il y a également quelques oliviers et poivriers.

Nous sortons pour la première fois nos chaises longues que nous apprécions fortement. La température est d’environ 25°. La nuit tombe à 19 heures. Quel bonheur de passer le mois de décembre sous ces latitudes. Les enfants apprécient également de jouer tranquillement.

Mardi 11 décembre 2018 :

Ce matin, je mets en ligne l’article précédent consacré aux oasis du sud-marocain. Comme chaque article, cela me prend environ 3 heures rien que pour la mise en ligne. Chaque jour durant l’école, 2 heures sont nécessaires pour trier et organiser mes photos et écrire le récit de la veille. Aujourd’hui, c’est repos, nous restons tranquillement à buller dans ce petit havre de paix. Nous ne voyons personne. Nous n’entendons aucun bruit à part celui des oiseaux. Audrey brode les pays du planisphère au fur et à mesure que nous les traversons. Partie de pétanque, jeux de Lego, bâton du diable, diabolo nous occupent une partie de l’après-midi.

Puis nous partons marcher dans la palmeraie. Nous sommes vraiment dans un site exceptionnel et entourés de pierres et de rochers énormes en grès et en granit rose. Les formes sont surprenantes, le plus souvent arrondies et en équilibre. C’est magique.

Nous arrivons dans le petit village de Adaï. Les maisons y ont été construites adossées au rocher de granit.

Les maisons plus récentes ont des formes bien rectilignes et des couleurs vives.

Petite course à l’épicerie du coin dans laquelle tout se vend.

Les femmes portent ici des tenues particulières. Elles s’enroulent trois fois dans une large étole noire.

Nuit bercée par la bonne odeur des draps propres lavés par Neima aujourd’hui.

Mercredi 12 décembre 2018 :

Ça y est, les nuits recommencent à être fraîches avec notre arrivée un peu plus en altitude. Ce matin, 15° dans la Tiny alors qu’on avait encore plus de 20° la semaine dernière. Mais dès les premiers rayons du soleil arrivés, nous sommes obligés d’ouvrir les fenêtres car la température monte de 10° supplémentaires. Aujourd’hui encore, la tenue sera donc le short et le tee-shirt.

Ce matin, une bergère est assise près de la Tiny et surveille son troupeau errant dans la palmeraie.

Sur les montagnes, sur les flancs du Djebel, Lekst ( 2359 mètres d’altitude), on distingue (on imagine !) une tête de lion.Discussions agréables avec d’autres voyageurs occupant le même bivouac. C’est toujours intéressant de voir les différents modes de vie. Un couple de camping-caristes retraités français passe les trois mois d’hiver ici. Un autre retraité seul vient de faire renouveler son visa pour trois mois supplémentaires. Il dit « merci au tabac » qui lui a provoqué de graves soucis de santé car cela lui a fait prendre conscience qu’il lui fallait profiter de la vie. Depuis, il a tout plaqué en France, vit dans son camping-car et passe une grande partie de son temps ici. Un autre couple de jeunes vit dans un camion aménagé et navigue entre le Portugal et le Maroc et vivent d’artisanat qu’ils vendent sur les marchés. Au fur et à mesure de nos rencontres, nous nous rendons compte que de plus en plus de personnes décident de changer de mode de vie et d’adopter une vie nomade.

Nous rejoignons à pied la ville de Tafraoute. Les abords de l’espace urbain sont propres et entretenus. Nous découvrons de grands trottoirs pavés et de larges avenues sans circulation car il y a très peu de voitures dans ces campagnes.

De belles maisons sont construites.Durant notre voyage, nous essayons avec Audrey de mettre en application, au fur et à mesure de nos visites, certaines notions étudiées précédemment sur le temps scolaire. Bon Victor a néanmoins du mal à mettre en pratique sur le terrain sa leçon de géométrie sur le parallélisme en observant l’alignement des fenêtres de certaines habitations.De nombreuses maisons sont décorées de signes berbères.

Autres signes d’un niveau de vie plus élevé, les infrastructures scolaires ou sportives comme ce lycée récent ou ce gymnase.

L’activité se concentre vraiment en centre-ville. C’est aujourd’hui jour de marché hebdomadaire qui ressemble beaucoup à ceux vus les autres jours. Très riches en couleurs et en odeurs. Cette fois-ci, il y a des animaux qui sont négociés. Les gens repartent avec un mouton ou une chèvre dans les bras.

Quasiment toutes les femmes, même jeunes, portent la même tenue noire. Elles sont chaussées de babouches bien colorées.

Après le souk où nous avons acheté de la coriandre, des fruits, des dattes, des olives et des citrons confits, nous prenons plaisir à nous promener dans les quelques boutiques et achetons de l’Amlou (pâte à tartiner composée d’un mélange de miel, d’huile d’argan et d’amandes), des babouches colorées pour Audrey comme les femmes en portent ici, un chèche (qu’Anaïs offre à son petit frère), des petits gâteaux.

Ce sont toujours des occasions pour avoir des discussions sympathiques avec les commerçants. En voyant que nous sommes français, un passant âgé nous adresse d’affectueux signes de sympathie suite à l’attentat perpétré à Strasbourg la nuit dernière.

De retour à la Tiny, nous ressortons nos chaises longues et profitons du soleil déclinant sur les montagnes nous entourant. Quelle chance d’avoir tous les jours un nouveau jardin ! A la nuit tombée et à l’heure où nos estomacs sonnent creux, Neima nous apporte un couscous que nous lui avions commandé dans deux marmites présentées sur un plateau du conseil régional de la Bretagne… Nous nous régalons de ce plat encore fumant, superbement parfumé, aux légumes encore croquants. Cette portion à 9€ est prévue pour deux personnes mais nous ne sommes pas parvenus à la terminer à quatre…

Jeudi 13 décembre 2018 :

Nous partons randonner pour environ 10 kilomètres en direction des Rochers Peints du désert. Tout d’abord, nous traversons le village de Tazekka qui borde la palmeraie où nous bivouaquons. De vieilles maisons en pisé s’effondrent laissant place à de plus résistantes maisons en parpaings.

La vieille Kasbah est en partie abandonnée mais a subi une restauration.

Nous sommes toujours au sein de ce même phénomène géologique constitué de blocs de granits rose et de grès. Les maisons épousent les formes des rochers. Certains habitants vivent sous d’énormes blocs paraissant être faits en carton.Partout autour de nous, des blocs sont en équilibre. La rando est superbe.

Puis nous distinguons les rochers peints. De loin, cela nous paraît aussi moche que nous l’imaginions d’après la description de notre ami Phillipe. Nous nous en approchons.

De près, c’est toujours aussi moche. Enfin, on ne peut pas dire que l’art, c’est moche. Ce n’est pas à notre goût. Même Audrey, un peu plus sensible que moi à ce qui touche au domaine artistique, essaye en vain de comprendre le délire de l’artiste Jean Vérame, qui en 1985, a utilisé 19 tonnes de peinture pour peindre ces blocs de granit, avec des bleus et des rouges.La peinture originale n’a pas résisté aux pluies et au temps. Elle est toute délavée et de nombreux tags recouvrent aujourd’hui cette œuvre d’art. Le site s’étend sur plus d’un kilomètre.

Un seul rocher bleu à l’étonnante forme nous plait et son ombre nous abrite pour reprendre des forces.

Heureusement, le paysage désertique nous entourant est magique. Il a été le lieu de tournage de nombreux westerns américains. Il fait chaud. Il fait beau. Mais soudain, le temps change et devient menaçant. Un nuage apparaît à l’horizon.Je consulte la météo qui indique toujours du beau temps pour les 10 jours à venir. Ouf… Fausse alerte. Bon, le site des rochers peints ne nous a pas séduits mais le retour de la rando est tout aussi beau qu’à l’aller au fur et à mesure que nous redescendons vers le village.

Après trois nuits passées dans cette très reposante palmeraie, nous reprenons la route, vers le sud. A la sortie de Tafraoute, nous passons devant le « chapeau de Napoléon », un étonnant rocher.Puis, la route prend de l’altitude pour atteindre les 1700 mètres. Des villages se distinguent au creux des vallées. Des terrains de foot sont au milieu de nulle part.

Dans un petit village de montagne, je m’arrête acheter du pain. Plusieurs épiceries se succèdent. La première n’en a plus, mais un de ses clients attablé en train de siroter un thé me remplit son verre et me le tend. La deuxième épicerie n’en a plus. Je vide le stock de la troisième. De retour à la Tiny, tous les passants que j’ai croisés dans les autres épiceries s’inquiètent de savoir si j’ai trouvé du pain. L’un d’eux me dit que si je n’en n’avais pas trouvé, il serait allé chez lui nous en chercher.

La route se rétrécit et serpente. Son revêtement goudronné est bien dégradé.Puis le paysage caillouteux et sec dévoile peu à peu un canyon ocre dans lequel la route s’enfonce. Nous arrivons à l’entrée des gorges d’Aït Mansour et posons bivouac dans un magnifique environnement.

Nuit bercée par le vent très fort dans le fond des gorges faisant bouger la cabane… Nuit également agitée car je pense à la route de demain. J’hésite entre soit faire demi-tour vers Tafraoute, soit m’engager sur une piste transversale pour rejoindre Tata. Mais cette route (ou piste ?) ne figure pas sur la carte routière. Mon GPS ne la connait pas non plus, à moins de choisir l’itinéraire piéton dans les paramètres. Je ne trouve également aucune info sur internet mise à part qu’elle figure sur les road-book des circuits de 4x4. Je n’arrive pas à savoir si elle est praticable en véhicule comme le nôtre. J’ai demandé hier soir à 4 ou 5 personnes mais j’ai eu autant de versions différentes : « elle est praticable, pas de problème, c’est du goudron tout le long », « il faut 2 heures pour rejoindre Tata », « il faut absolument un 4x4, tous les touristes font demi-tour ici et personne ne s’engage plus loin », « il faut 6 heures pour rejoindre Tata », « ce n’est que de la piste non carrossable » … Je ne trouve pas le sommeil.

Vendredi 14 décembre 2018 :

Le vent a tellement soufflé qu’il a fait tomber plein de dattes des palmiers. La femme, propriétaire du parking sur lequel nous sommes garés, ramasse quelques kilos de fruits et nous en offre quelques uns. Le vent a aussi dû finir par m’endormir. Autour d’un café avec Audrey, nous décidons de ne pas faire école aujourd’hui et de nous engager sur la piste. On le sent bien. On ne sait pas pourquoi mais on le sent bien.

Nous partons d’abord marcher un peu dans les gorges d’Aït Mansour, au départ desquelles nous avons bivouaqué. Cette oasis bénéficie d’une végétation luxuriante où poussent figuiers, oliviers, palmiers, lauriers roses et amandiers. Nous ne voyons pas comme dans d’autres oasis que nous avons visitées, des parcelles cultivées de luzerne ou d’autres légumes.

Cependant, on se dit que la région a dû être très riche compte tenu du nombre de greniers installés en haut des pics rocheux. Nous en voyons trois à l’état de ruines. Nous apercevons également dans la falaise d’anciennes habitations et des terrasses.

Nous croisons le sympathique Abdou, qui souhaite nous vendre pour ce midi sa délicieuse omelette berbère qu’il compose de poivrons, d’oignons, de tomates, d’ olives et d’œufs, le tout assaisonné de coriandre. Très tentant mais ce n’est pas l’heure et je suis pressé de m’engager sur cette piste qui nous tend les bras.

Puis, nous retrouvons notre Tiny et prenons la route trouée et étroite pour parcourir une dizaine de kilomètres à travers ces somptueuses gorges.

La route est tellement étroite que la cueillette des olives se fait sans même descendre du camion !

Un vieux monsieur nous demande si on peut l’emmener quelques centaines de mètres plus loin jusqu’à la mosquée. Il est très fier de se souvenir et de nous dire le nom de son enseignante française qu’il avait eue en 1950. Il commence à nous réciter quelques tables de multiplications. Je le dépose et en profite pour acheter du pain dans la boutique de son fils en prévision de notre future étape sur la piste. Il ne lui reste que deux petits pains d’hier. Tant pis, ça fera l’affaire. Il me demande si je veux manger un tajine. C’est très gentil mais ce n’est toujours pas l’heure, il n’est que 10 heures. Il me montre une lettre encadrée de l’Elysée signée du président Giscard d’Estaing le remerciant pour le repas qu’il avait mangé ici il y a quelques années… Je rejoins la Tiny où un sympathique touriste français est en train de visiter notre cabane. Ses yeux brillent. Il nous envie. Je le comprends !

La route est occupée par des anciens en train de jouer à un jeu de dames où les pions sont des bouchons de bouteilles de sodas. Il se déplacent pour nous laisser passer.

Nous poursuivons et sortons progressivement des gorges mais de nombreux hameaux continuent à être présents le long de l’oued. Certains sont abandonnés. D’autres sont occupés mais il n’y a pas grand monde tout de même.

Puis, c’est là que notre guide du Routard indique « puis une piste de piètre qualité permet de regagner Tafraoute (avoir un 4x4 ou rebrousser chemin) ». Avec Audrey, on est comme deux gamins et avons envie de tester les capacités de notre Tiny. On le sent toujours bien. Le goudron se termine à la mine d’Akka, où ont été lancés l’exploitation et le traitement de l’or et du cuivre. Son exploitant assure également un rôle social dans la région en menant différentes actions pour la promotion de la scolarisation des enfants, et ce, par la construction de classes, l’équipement de salles multimédia et la sensibilisation des écoliers à l’environnement.

La mine s’emploie aussi activement à désenclaver les populations aux alentours par sa contribution à amener de l’électricité et de l’eau dans les villages, à construire et à aménager des routes. Elle contribue également à faciliter l’accès aux soins par la mise à disposition au profit des riverains de ses équipements et de son staff médical, par l’organisation de caravanes médicales multidisciplinaires et par l’accompagnement des cas nécessiteux. Malgré toutes ces bonnes initiatives, les habitants ne peuvent que noter une pollution aux métaux lourds, ainsi que la destruction du réseau d’approvisionnement en eau.

Nous bifurquons sur la gauche sur la piste au sein d’un décor minéral d’une pure beauté. La piste caillouteuse est de bonne qualité à notre grande surprise. Il n’y a pas trop de dénivelé et elle est assez roulante.

Nous faisons notre pause de midi au milieu de nulle part quand soudain nous voyons approcher un troupeau de moutons surveillé par son berger. Anaïs et Victor sont très heureux de caresser un petit agneau.

J’échange quelques mots de français avec le berger et lui demande quand est-ce que l’agneau est né. Il me répond « demain » ! Bon en même temps, il dit plus de mots en français que moi en berbère… Je l’invite à manger dans la Tiny mais il m’explique qu’il doit surveiller son troupeau. Il repart, un téléphone portable dans chaque main.La cavale reprend, la piste se détériore. Par endroits, de gros cailloux ronds ou pointus rendent instables le revêtement. Mais la Tiny (et son chauffeur !) ne se débrouillent pas trop mal. Les kilomètres ne défilent pas au compteur. On suppose que la piste fait environ 40 kms et on n’en a pas fait la moitié.

Nous sommes seuls au monde. Nous ne croisons quasiment personne si ce n’est deux ou trois mobylettes et un tractopelle dont le chauffeur s’arrête pour me demander une cigarette. Ce que je n’ai pas.

Quelques nomades vivent dans ces montagnes et ont planté leur campement au milieu de nulle part.Des ruines de vieilles maisons parsèment la vallée.Nous profitons de l’incroyable beauté des montagnes.

Anaïs et Victor prennent le volant pour leur plus grand plaisir…

La piste continue à se détériorer et nous traversons plusieurs lits de rivière. Je m’amuse à franchir ces passages techniques à forte pente. Je suis impressionné par les capacités de franchissement de mon véhicule. Qu’est-ce que j’apprécie la propulsion arrière ! Sans cesse, nous faisons le parallèle avec notre ancien camping-car à traction avant (et très chargé sur l’arrière) avec lequel nous n’aurions pas pu franchir ces passages. Nous nous souvenons des pistes boliviennes (mes beaux-parents aussi) ou argentines dans lesquelles nous sommes restés bloqués alors qu’elles étaient bien plus carrossables que celles d’aujourd’hui.

Le sol est dans un tel état qu’une poussière fine entre dans la Tiny de partout. J’ai eu beau boucher les aérations, ça rentre et tapisse tout l’intérieur d’une fine couche de sable. Les enfants ne peuvent même plus respirer à l’arrière et se réfugient tous les deux dans la cabine.D’un coup, je sens que la Tiny est bancale. Je m’arrête et m’aperçois d’une crevaison. Bon, vu l’état de la piste, ce n’est pas étonnant. Heureusement, le pneu ne semble pas avoir souffert.Par contre, il nous reste encore une quinzaine de kilomètres à faire sur la piste et je n’ai qu’une roue de secours. Un petit stress monte d’autant que personne ne passe ici ! On verra bien…

Le temps passe, les heures s’écoulent et on avance tout doucement, au mieux à 20 km/heure. Nous nous arrêtons prendre plein de photos. Les couleurs sont magiques. D’autant plus que le soleil commence à descendre à l’horizon dans notre dos, renforçant d’autant la beauté des éclairages sur les reliefs.

Finalement, après 43 kilomètres de cailloux, nous retrouvons le goudron !Ouah, quelle sensation de sentir la Tiny glisser sur cet asphalte bien roulant… En une heure, nous parcourons autant de kilomètres que nous n’en avons fait durant les quatre bonnes heures de piste et arrivons à Tata où nous profitons de la première station pour refaire les différents pleins. Ah oui, car je ne vous ai pas dit, j’ai bien stressé aussi aujourd’hui car ma jauge de carburant était au plus bas…

Il fait nuit, nous n’avons pas de bivouac. Je m’enfonce dans une étroite rue qui au bout de 100 mètres se resserre tellement que je ne plus passer. Marche arrière. J’entre dans une cour de maison et demande à ses habitants si je peux y dormir. Je suis accueilli par un grand sourire…

Samedi 15 décembre 2018 :

L’école se termine en milieu de matinée et Anaïs et Victor jouent avec les autres enfants habitant le quartier.

Notre belle rencontre du jour s’appelle Patrick. Juste à côté de là où nous avons bivouaqué, se trouve le Dar Infiane de Tata.

Patrick a quitté la France il y a 42 ans pour s’installer au Maroc et rénover, avec son épouse, un charmant ancien douar tout en pierres. Cette ancienne maison aurait environ 500 ans. Il y a aménagé une maison d’hôtes haut de gamme. Nous y entrons pour voir si on peut la visiter et éventuellement y boire un thé. Nous sommes accueillis avec un grand sourire et aussitôt, on nous invite à suivre une femme à travers un labyrinthe de couloirs, de patios, de terrasses, de demi-étages, de coins et de recoins. La décoration a été pensée avec beaucoup de goût et de soin. 

Nous nous installons sur la terrasse du douar d’où nous avons une vue imprenable sur la palmeraie et les montagnes alentour. Le panorama est à couper le souffle. Aucun bruit si ce n’est celui de quelques oiseaux. Le thé est délicieux.

Patrick, se joint à nous et nous engageons une discussion passionnante. Très cultivé sur la vie locale, Patrick est un livre d’Histoire à lui tout seul. Mais il est également un livre de géologie, d’astronomie, d’écologie, de climatologie… Il est très investi dans le développement de sa région afin de développer le tourisme mais avec le souci qu’il profite aux populations locales, sans que l’environnement n’en souffre. Tout est fait dans sa maison d’hôtes avec l’objectif de minimiser l’impact de ces activités, « grâce à une politique de management des ressources et un traitement optimal des déchets ». Patrick nous délivre tous les charmes de la vie et de la culture oasiennes. Il a créé le Géoparc du Jbel Bani. Pour avoir une vision éco géo touristique du sud Maroc, je vous invite à aller passer quelques heures sur son passionnant site internet. Et bien entendu, n’hésitez pas à aller séjourner ou goûter à la gastronomie locale dans cette magnifique demeure. Patrick est une belle rencontre qui vous fera vivre un « tourisme autrement ».

Nous prenons conscience, grâce à Patrick, du fragile équilibre entre la nature, l’eau et la population qui est indispensable pour que perdurent les oasis. Nous apprenons l’existence des Khettaras, qui sont d’immenses galeries souterraines servant à drainer l’eau des montagnes à partir des contrebas de l’Atlas vers des villes comme Marrakech et sa Palmeraie, mais également vers les oasis du sud. Ces immenses réseaux souterrains permettent d’aller chercher l’eau à des kilomètres de distance afin d’alimenter la nappe phréatique souterraine. En effet, chaque palmier puise 400 litres d’eau par jour afin de produire environ 100 kgs de dattes par an. Ces Khettaras, dateraient du 11ème siècle dans la région et consistaient en la création d’une chaîne de puits distants de 50m, les fonds de ces puits étant connectés entre eux par des galeries. Contrairement aux canaux, qui ont tendance à être envahis par la végétation, et très sensibles aux intempéries et sujets à l’envasement, les Khettaras permettent d’apporter une eau saine avec un minimum d’évaporation. Mais les Khettaras connaissent des difficultés croissantes d’entretien et finissent par disparaitre dans beaucoup d’endroits du Maroc.

Nous sortons enrichis de cette nouvelle rencontre. Merci Patrick pour ta gentillesse, ton dynamisme, ton ambition et ton accueil.

Nous nous dirigeons vers le centre de Tata et ses commerces alignés sous des arcades.Facilement, nous trouvons un réparateur de pneus. Sur le trottoir, avec des vieux marteaux et démonte-pneus déjà ressoudés à plusieurs reprises, mon pneu est vite réparé et la roue remontée.

C’est reparti sur un superbe ruban d’asphalte où nous enchaînons quelques dizaines de kilomètres rapidement. Nous longeons la chaîne montagneuse du Jbel Bani. Les couleurs sont belles et tirent un peu sur le vert, ou bien sur le rouge ou le noir.

Nous longeons un long canyon taillé certainement il y a des millénaires par des eaux tumultueuses. On imagine alors que la région devait être très fertile. Aujourd’hui, c’est un désert où poussent des arganiers et des palmiers.

Petit arrêt très rapide à Tissint où notre guide touristique nous indique les cascades d’Aqui comme un « lieu magique ». Ce sont des cascades d’eau salée formant des réservoirs. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à trouver la magie des lieux. Il s’agit d’un simple déversoir naturel créé par une barre rocheuse mais rien d’exceptionnel si ce n’est les traces blanchâtres laissées par le sel. Peut-être que les lieux sont plus impressionnants avec plus de débit.

Victor rêvant depuis très longtemps de monter dans des dunes, je m’arrête le long de la route au milieu de nulle part. Anaïs s’empresse également de courir à l’assaut du joli tas de sable. Les lumières sont belles en cette fin de journée.

La descente du haut des dunes est moins pénible que la montée !

De retour en cavale, nous nous amusons toujours autant des jeux d’ombre que forme notre Tiny.La route est toujours en bon état sauf par endroit où les très violentes précipitations créent régulièrement d’impressionnantes inondations emportant tout sur leur passage, tel ce pont qui n’a pas survécu.Nous rejoignons la ville de Foum Zguid, dernière ville-étape avant que les 4x4 s’enfoncent dans les pistes et les dunes du désert du Grand Sud. De nombreux commerces prennent place dans la rue principale, cachés sous des arcades.Route jusqu’à la nuit tombante et bivouac à Allougoum. Miracle, nous venons de retrouver bien cachée dans un fond de placard une bouteille de Pineau des Charentes… Ouf, on était vraiment à sec et déshydratés depuis plusieurs jours. Apéro pour fêter cette bonne nouvelle ainsi que pour fêter la prochaine arrivée de la famille qui nous rejoint (ils sont 11 à prendre l’avion !) dans une dizaine de jours pour passer les fêtes de fin d’année ensemble dans l’oasis de Fint près de Ouarzazate.

Nuit bercée par deux jeunes venant faire des selfies devant la Tiny en écoutant de la musique sur leur téléphone, par deux chiens à priori dérangés par la présence de la Tiny à cet endroit et enfin par le muezzin appelant à la prière matinale qui est très certainement entré dans notre cabane avec un mégaphone.

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