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Dimanche 5 décembre 2021 :

Nos vacances se poursuivent sur l’île de La Réunion depuis déjà trois semaines. Je vous ai déjà parlé de nos amis Alex et François (chez qui nous séjournons) qui sont directeurs de l’École des Créateurs qu’ils ont créée il y a deux ans. Hors temps scolaire, les superbes locaux de l’école située dans le centre-ville de Saint-Pierre sont utilisés pour des séjours multi-activités pour les enfants mais aussi pour des activités d’aqua bike, de yoga, de pilates, de bébés nageurs, d’éveil aquatique, de cours de natation… Et le week-end, Alex et François, qui débordent d’énergie et de superbes idées, ont créé Récréa Family, un concept qui permet de venir passer une géniale journée de relaxation, de venir fêter un anniversaire ou tout simplement de partager un bon moment en famille dans le jardin arboré de l’école à l’ombre de l’immense arbre à litchis. Piscine, jeux (fléchettes, mikado géant, puissance 4 géant, ping pong, molky, jeux de société, structure gonflable…) sont à disposition de leurs clients, le tout sous surveillance d’animateurs qualifiés. Nous donnons un petit coup de main pour l’organisation de cette journée à nos amis et pour les aider à préparer le brunch à volonté du midi. Puis, nous passons la journée dans ce magnifique cadre. Pour la première fois, nous nous lançons dans un escape game « qui est la taupe à l’académie du 216 ? », un jeu d’environ une heure qui consiste à partir de différents indices à résoudre une enquête. Super, captivante et amusante expérience. Bref, si vous avez la chance de vivre sur l’île intense ou d’y venir en vacances, ne manquez pas de venir passer une belle journée de détente chez Récréa Family !

Retour pour encore, mais ai-je besoin de le préciser, oui encore une longue et belle soirée chez nos amis.

Lundi 6 décembre 2021 :

Voilà une journée attendue depuis bien longtemps. J’étais plus jeune et je n’avais que 15 ans, mais j’ai gardé un fabuleux souvenir de ma rando sur le Volcan du Piton de la Fournaise, le site naturel le plus visité de l’île, l’emblème de La Réunion inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO ! Aussi, je rêvais d’y revenir et surtout d’y emmener Audrey et les enfants. Mais pour moi aussi, cela va être une découverte car depuis 1995, le volcan est entré en éruption plusieurs fois (en moyenne une fois tous les neuf mois au cours des dix dernières années) et surtout son cratère s’est effondré de 350 mètres ! Hâte de voir cela car la fréquence des éruptions depuis ma précédente venue et l’abondance des coulées renouvellent sans cesse la physionomie du Piton de la Fournaise.

Le volcan est donc bel et bien actif. Ses nombreux caprices en font l’un des volcans les plus actifs du monde : par la fréquence des nouvelles éruptions, il tient le premier rang mondial. Au total, depuis 1650, soit le début de l’occupation humaine de l’île et des premières observations dont il subsiste des traces écrites, près de 300 éruptions ont été enregistrées. Depuis au moins 80 ans, le Piton de la Fournaise alterne des périodes d’activité intense (12 à 24 ans) et des périodes de repos (3 à 6 ans). C’est donc évidemment aussi l’un des plus surveillés au monde, depuis l’installation de l’Observatoire volcanologique en 1979 (suite à l’éruption de 1977 hors enclos qui avait surpris tous les Réunionnais), par tout un réseau de capteurs positionnés sur le terrain, de sismographes, d’inclinomètres, d’extensomètres, de récepteurs GPS, de caméras de surveillance…

En 1995, nous étions d’ailleurs en pleine phase de repos. Le volcan était en pleine période d’inactivité entre 1992 et 1998. Mais après, le Piton de la Fournaise est redevenu très actif. À la suite de l’éruption grandiose de mars 1998 qui dura 196 jours, deux ou trois épisodes éruptifs sont survenus chaque année. Entre 2015 et 2020, on dénombre ainsi pas moins de 20 éruptions, soit une moyenne de 4 éruptions par an.

Aussi, nous ne voulions pas trop traîner pour y aller car le volcan menace d’entrer en éruption à court terme et dans ce cas-là, l’accès est bien évidemment fermé durant les coulées de lave mais aussi pendant plusieurs semaines après. La dernière éruption en date remonte au 9 avril 2021 et a été l’une des plus longues de l’histoire du volcan. Durant 45 jours, un peu plus de 10 millions de mètres cubes de lave ont été émis ! Et nous avons de la chance car l’enclos est resté fermé au public pendant plusieurs mois et n’est rouvert que depuis quelques semaines. Le volcan montre régulièrement ces dernières semaines des signes d’activité tels que des séismes, un gonflement du cratère, des émanations de gaz, correspondant à une réalimentation de la chambre magmatique profonde. Une éruption est alors possible à une échéance de quelques semaines à plusieurs mois. Peut-être aurons-nous la chance d’en voir une ! De toute façon, nous sommes bloqués sur l’île car nous n’avons plus le droit de retourner en Afrique du Sud pour aller chercher notre Tiny à cause du fichu variant Omicron. Notre vol retour du 18 janvier a d’ailleurs été annulé et reporté au mieux au 30 janvier.

Nous sommes aujourd’hui accompagnés de Titouan, l’un des deux enfants de nos amis Alex et François. Sa petite sœur Enora, dont la cheville est un peu fragile, n’a pas pu venir. Nous partons de la maison dès 6 heures car il nous faut déjà environ 1h30 de voiture pour prendre 2400 mètres d’altitude en accédant par la Route des Plaines et par la Route forestière du Volcan à partir de village de Bourg-Murat.

Premier arrêt, au détour d’un virage au Belvédère de la Plaine des Sables à 2360 mètres d’altitude. Cette mythique et vaste étendue couverte de scories, de pierres rouges et noires, et de roches volcaniques digne d’un véritable paysage lunaire ou d’un désert martien.

La route revêtue jusqu’à la Plaine des Sables laisse la place à une piste défoncée avec des nids-de-poule jusqu’au parking du Pas de Bellecombe à 2354 mètres d’altitude, terminus de la route et point de départ de notre randonnée.

Mais arrivés à cette altitude, alors que le beau temps était annoncé et que la webcam que j’ai visionnée ce matin avant de prendre la route présentait un paysage tout dégagé, les nuages couronnent la tête de ce majestueux volcan. Petite déception mais il y a un peu de vent et on espère que le ciel bleu va arriver. Du belvédère, nous ne voyons donc rien du large dôme du Piton de la Fournaise d’un diamètre d’environ 3 km qui est pourtant juste face à nous au milieu d’une grande zone d’affaissement appelée l’enclos.

Le Piton de la Fournaise a vu le jour il y a 500 000 ans sur le flanc Sud-Est du Piton des Neiges qui a donné naissance à l’île il y a 3 millions d’années. Durant 400 000 ans, les deux volcans ont fonctionné simultanément. La Fournaise forme dans son intégralité un cône de 30 km de diamètre, couvrant un quart de la superficie de l’île. Le volcan, comme on le connaît aujourd’hui, date seulement d’environ 4700 ans. Cet âge correspond à l’effondrement majeur qui a donné naissance à la caldeira de l’Enclos Fouqué en s’accompagnant d’explosions cataclysmiques.

L’Enclos Fouqué forme un grand « U », d’environ treize kilomètres de longueur sur neuf kilomètres de largeur, ouvert à l’Est sur l’Océan Indien. Il est entièrement ceinturé de falaises, appelées remparts, qui le surplombent d’une hauteur de 100 à 400 mètres. Le profil en long de l’enclos est celui d’un toboggan orienté vers l’océan. La partie haute, dite l’Enclos Fouqué est une zone assez plate comprise entre 2200 et 2000 mètres d’altitude. La partie médiane, qui présente une très forte déclivité jusque vers 450 mètres au-dessus du niveau de la mer, porte bien son nom de Grandes Pentes. Quant à la partie basse, dénommée Grand Brûlé, elle s’étale plus doucement jusqu’au rivage. Nous l’avions traversée en empruntant la Route des Laves et je vous en avais parlé dans le précédent article. Mais la partie active du Piton de la Fournaise s’étend cependant au-delà des limites de l’enclos. Des fractures éruptives peuvent donc se produire occasionnellement en dehors du « U » de l’enclos dans les régions de Saint-Philippe au Sud et de Sainte-Rose au Nord. Là encore, je vous en avais parlé précédemment avec l’éruption de 1977 qui avait entouré l’église de Piton Sainte-Rose ou bien de celle de 1986 qui avait agrandi l’île de 25 hectares à la Pointe de la Table (voir dernier article sur le blog).

La plupart des éruptions se produisent donc dans l’enclos ou dans les cratères sommitaux de manière effusive. Elles débutent par l’apparition d’une ligne de fissures longues de quelques centaines de mètres (parfois de plusieurs kilomètres) d’où les laves jaillissent en rideau. Puis au bout de quelques minutes à plusieurs heures, elles se concentrent en un seul ou en quelques points. À ces points de sortie, les laves sont propulsées de manière plus ou moins saccadée au rythme des coups de pression. Une partie de la lave libérée peut rester fluide, se répandre et dévaler les pentes sous forme de coulées de surface ou à l’intérieur de tunnels de lave. Une autre partie des laves libérées peut être projetée violemment à plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Au cours de l’éruption, la lave se fige au contact de l’air et en retombant s’accumule au sol. Cela provoque l’édification de cônes de projections appelés localement pitons. Une même éruption peut connaître plusieurs phases successives avec apparition de nouvelles fissures et de nouveaux points de sortie.

C’est parti pour la rando mais avant de gravir le sommet de la Fournaise, il nous faut descendre au préalable dans l’enclos par un sentier de 400 marches qui serpente le long du Rempart de Bellecombe. Au pied de cette paroi haute d’environ 150 mètres, débute un chemin balisé pour prévenir l’égarement des randonneurs dans le brouillard, très fréquent autour du volcan. Ce chemin est matérialisé par des tâches de peinture blanche tous les 1,50 mètre environ et nous avons bien été mis en garde que le mauvais temps pouvait se lever en très peu de temps et qu’il ne fallait donc jamais s’écarter de ce balisage. D’ailleurs, la brume et les nuages cachent un peu une partie des paysages.

Le sentier passe au milieu d’un champ de laves stériles, d’un désert lunaire ou d’un paysage apocalyptique que l’on croirait sorti d’une autre planète. Après quelques centaines de mètres, nous arrivons près d’un petit cône de scories appelé le Formica Leo qui apparaît tel un bouton de couleur ocre sur un visage de pierre grise. Datant d’une éruption de 1753, il était auparavant beaucoup plus haut mais une éruption il y a 200 ans l’a enseveli en partie.

Nous traversons le haut de l’enclos en direction du cône du volcan qui se dégage un peu.

Puis le sentier conduit ensuite, quasiment en terrain plat, à un petit édifice creux haut d’une dizaine de mètres de hauteur, la Chapelle de Rosemont. Voyez les deux photos suivantes sur lesquelles je pose, à une époque où j’avais plus de cheveux et de la moustache qui commençait à pousser.

Mais ce petit sommet d’un cône de scories enveloppé par des coulées de lave venues du Cratère Bory est désormais pratiquement enseveli sous les laves noires de l’éruption de juillet 2018 sur lesquelles nous marchons et la Chapelle de Rosemont n’existe plus.

Nous traversons cette impressionnante coulée de lave noire de 2018.

L’itinéraire file ensuite sur la gauche pour s’élever progressivement sur le flanc Nord du volcan en le contournant d’un demi-tour. Nous continuons à marcher sur ce sol lunaire. Un sol noir, carbonisé. Chaque éruption remodèle le paysage en faisant émerger ici et là, dans un univers minéral, de nouveaux pitons et cratères. Cette dynamique géologique puissante donne aux visages de la Fournaise un caractère éphémère et rend le volcan encore plus beau et plus attrayant. Pour honorer chaque nouvelle blessure du volcan sur ses flancs, un nom souvent symbolique est donné à chaque nouveau piton : Kapor (bel esclave), Célimène (poétesse créole), Payankë (oiseau de paix)…

Les coulées qui descendent les pentes du volcan prennent deux formes différentes. Elles peuvent être lisses (de type pahoehoe) comme pour la coulée de 2004 ou en grattons comme pour les coulées de 2002, de 2005 ou de 2010. Au départ, il s’agit de laves de même composition. Si l’écoulement se produit sans heurts, la lave visqueuse et très fluide (donc sans gaz) qui peut atteindre 2 mètres d’épaisseur reste lisse en surface et en se refroidissant très lentement forme des figures de draperies appelées aussi laves cordées. Elles se produisent en général en fin d’éruption. Mais si l’écoulement est plus brutal, la libération des gaz forme en surface des grattons. La vitesse d’avancement d’une coulée dépend du débit et de la pente. Mais comme la coulée se solidifie au contact du sol froid, elle ne peut progresser qu’au plus de quelques km/h. En revanche, dès lors qu’une coulée a tracé son emprise, la lave peut y circuler à grande vitesse (plusieurs dizaines de km/h).

Ce type d’éruption effusive et non explosive ne présente pas de danger pour les populations. La Fournaise est un volcan rouge qui émet donc des laves basaltiques, c’est-à-dire fluides, contrairement aux volcans gris (explosifs) qui émettent des nuées ardentes et qui produisent des cendres. Les seuls risques à distance sont liés à une pollution atmosphérique par accumulation de gaz soufrés ou bien à l’émission éventuelle de cheveux de Pelé. Ces derniers sont des fibres de verre volcanique, plus fines qu’un cheveu. Ce sont des fins filaments de lave (aspect de fils brillants, de quelques centimètres de longueur, impalpables et cassants) qui se présentent sous forme de fines aiguilles coupantes. Sous l’effet des vents, ils sont susceptibles de se déposer sur des distances de plusieurs dizaines de kilomètres dans les cours, les jardins et autres espaces extérieurs et de causer des irritations aux yeux et à la peau.

Quelle sensation étrange de marcher sur des roches vieilles de 500 000 ans comme sur des roches âgées de quelques mois ! Les paysages sont époustouflants. On dirait des racines d’arbres enchevêtrées. On découvre également des petits tunnels de lave. Les teintes du sol, noires, brunes, orangées, roses, rouges, violettes contrastent avec le bleu du ciel qui devient de plus en plus intense. Les roches sont pleines de trous, car le magma en fusion est riche en gaz. Au cours d’une éruption, la lave est projetée et fait gonfler les projections, comme la levure libère du gaz et fait gonfler le pain. C’est la raison pour laquelle ces pierres sont étonnement si légères.

Beaucoup de couleurs mais très peu de vert. Il y a très peu de végétation à cette altitude car les conditions climatiques sont rudes et les buissons restent très clairsemés, mais en partie basse de l’enclos, on avait constaté la semaine dernière que la forêt reprend en quelques dizaines d’années possession du terrain. Les lichens sont généralement les premiers à s’installer, suivis par des fougères puis par une végétation arbustive ou arborée.

Nous arrivons au bout de 6,2 kilomètres et 541 mètres de dénivelé positif quasiment au sommet du volcan à 2632 mètres d’altitude. La vue sur le bas de l’enclos est un peu bouchée mais on distingue quelques trous dans les nuages qui laissent apparaître les vagues de l’océan et la ville de Sainte-Rose au Nord de l’enclos de même que la Route des laves qui traverse la partie basse de l’enclos.

La vue sur le Cratère Dolomieu est magique et tellement différente de ce que j’avais pu observer en 1995. Cette île porte vraiment bien son nom d’île intense. Aujourd’hui, ce grand cratère mesure 1000 mètres de longueur et 700 mètres de largeur. Mais l’éruption de 124 jours du 30 août 2006 au 1er janvier 2007 est suivie d’une nouvelle éruption le 18 février qui remplit d’une dernière goutte le cratère qui déborde même sur son flanc Est. A la suite de la vidange de la chambre magmatique à la fin de cette éruption d’une rare intensité, le fond du cratère s’est brutalement effondré le 6 avril pour atteindre une profondeur de 350 mètres par rapport aux bords du cratère ! La Tour Eiffel pourrait y entrer ! Cet effondrement est dû au poids des roches sur le toit de la chambre magmatique. Mais il s’agit plutôt d’une succession rapprochée de différents effondrements dans le Cratère Dolomieu, engloutissant dans les entrailles du volcan en moins d’un mois entre 100 et 150 millions de m3 de roches dont l’essentiel dans les premières 24 heures, le tout accompagné d’un immense nuage de gaz et de panaches de poussières et de cendres soulevés par les éboulements. Sous la pression des roches effondrées dans le cœur vivant du volcan, l’éruption s’intensifie dans la partie basse au Tremblet. Elle se manifeste alors par des fontaines de lave hautes de 200 mètres et des dizaines de coulées fluides. Au contact de l’eau de mer, elle produit un nuage impressionnant de cendres et de vapeurs acides.

Le cratère de la Fournaise s’est ainsi effondré puis comblé à plusieurs reprises au cours de son existence. En 1911, le Dolomieu était entièrement comblé, avant de s’effondrer. De nouveau, en 2006 la lave avait atteint le bord du Dolomieu. Mais déjà, depuis le nouvel effondrement de 2007, le fond du cratère a été rempli de nouveau de 70 mètres de lave par les deux éruptions de 2008. Sur deux siècles d’observation, le sommet du Piton de la Fournaise n’a donc cessé de présenter des visages différents : cratère unique, cratères multiples, comblés ou béants… chaque paysage est donc éphémère. Voici une photo prise lors de ma venue au même endroit en 1995. On y voit le fond du cratère tout plat ponctué de pitons liés à quelques éruptions localisées alors qu’aujourd’hui, il a la forme d’un entonnoir.

Difficile d’imaginer que d’ici quelques jours, ce cratère endormi pourrait de nouveau se transformer en un chaudron de feu !

La partie sommitale de la Fournaise présente un deuxième cratère, le Cratère Bory, plus ancien et plus petit avec 350 mètres de longueur et 200 mètres de largeur. C’est à son sommet que le Piton de la Fournaise culmine à 2632 mètres d’altitude. Très actif, il occupait seul le sommet jusqu’en 1791. Mais une partie de ce cratère s’est elle aussi effondrée en 2007. C’est la raison pour laquelle le tour des cratères est désormais interdit en raison de la persistance du danger d’effondrement. L’ascension directe au sommet, avant de poursuivre par un tour des deux cratères Bory et Dolomieu puis de revenir par le flanc Nord, comme nous l’avions fait en 1995 n’est donc plus possible et le retour doit s’effectuer aujourd’hui par le même trajet qu’à l’aller.

Sur le rebord Nord du Cratère Dolomieu se trouvait La Soufrière, un gouffre dégageant du soufre apparu en 1964. Un petit orifice libérant des gaz magmatiques s’était enflammé comme un chalumeau géant. Lorsque la cheminée s’est vidangée par le bas, elle est devenue ce gouffre géant. Mais il a aussi été emporté avec l’effondrement du cratère en avril 2007. Il en subsiste aujourd’hui sa cheminée éventrée qui dévoile ses couleurs intérieures nées de la chimie volcanique.

C’est parti pour la descente. Nous doublons un groupe de touristes dont l’un d’eux n’arrive plus à mettre un pied devant l’autre. Un tendon aurait lâché au niveau de son genou. Je lui avais déjà conseillé d’appeler les secours quand on l’avait croisé en montant. Je renouvelle mon conseil mais ce monsieur ne souhaite pas déclencher l’hélicoptère. J’arrive à l’en persuader car il est vraiment incapable de descendre encore plus de 500 mètres de dénivelé. Je m’occupe d’appeler le 112 car il n’en est pas capable, pas plus que le reste de son groupe qui semble démuni. 40 minutes plus tard, l’hélicoptère du PGHM est déjà là. Le médecin confirme qu’il faut évacuer ce pauvre monsieur. Je l’aide à installer le patient dans un baudrier pour qu’il soit hélitreuillé. Les enfants sont aux anges de voir les manœuvres de si près…

Il nous faut maintenant poursuivre notre descente. Le beau temps est à présent bel et bien installé, à part sur le littoral et la partie basse de l’enclos, et nous en prenons plein les yeux.

Retour au Pas de Bellecombe en traversant l’enclos par le même sentier. Nous savourons la chance d’avoir ce temps exceptionnel et dégagé qui nous permet de profiter pleinement de notre inoubliable journée !

La Plaine des Sables est elle aussi maintenant pleinement dégagée.

Mardi 7 décembre 2021 :

Journée repos chez nos amis qui nous hébergent. Petites courses. Je file un coup de main à François pour effectuer quelques achats pour son entreprise. Aussi journée école, administratif et blog entre deux rafraichissements dans la piscine où l’eau chatouille les 30°C.

Mercredi 8 décembre 2021 :

Après une matinée d’école, nous partons passer la journée cette fois avec Enora à l’Etang-Salé-Les-Bains. Pique-nique près du gouffre qui est une déchirure étroite de roches volcaniques dans lequel les vagues viennent finir leur course de manière spectaculaire et déchaînée. Impressionnant de voir ce spectacle magnifique de la mer en furie venant se fracasser dans ce long couloir naturel sur cette falaise de lave basaltique. L’eau est projetée violemment à cet endroit et jaillit sur plusieurs mètres de haut. L’abondance de croix et de bouquets de fleurs témoigne tristement des nombreux accidents et suicides qui ont lieu dans cette dangereuse enfilade mais elle rappelle aussi les disparus qui comptent également des pêcheurs emportés par la mer en furie.

Nous longeons le sentier littoral qui permet de profiter de ces magnifiques paysages d’une beauté époustouflante !

L’Etang-Salé-Les-Bains possède l’une des rares plages de sable volcanique à La Réunion, issu d’un mélange de basalte et de corail. L’endroit n’est pas protégé par une barrière de corail mais est réputé quand-même pour pouvoir s’y baigner en sécurité. Plein de jolis poissons autour de nous.

Nous apprécions cette petite ville pour le charme de certaines de ses cases créoles.

Jeudi 9 décembre 2021 :

Pour la première fois depuis presque 4 ans, Anaïs et Victor prennent leur cartable et partent avec un grand enthousiasme passer la journée à l’École des créateurs. Pendant ce temps, journée entre amoureux. Ça fait aussi du bien car c’est l’une des rares fois depuis 4 ans, bien que cela ne nous pèse pas évidemment, que nous pouvons passer quelques heures tous les deux, à profiter de la piscine et du charmant lieu dans lequel on a la chance de séjourner.

Malheureusement, pour la première fois aussi depuis bientôt 4 ans, je dois emmener en fin d’après-midi Victor chez le docteur car il souffre d’une double otite externe qui le fait bien souffrir. Un petit peu de repos et une cure d’antibiotiques et il sera vite remis sur pieds. On espère car un très gros week-end nous attend.

Vendredi 10 décembre 2021 :

Mauvaise nuit pour Victor qui est déçu de ne pas pouvoir retourner à l’école aujourd’hui avec sa grande sœur mais il en est vraiment incapable. Journée difficile pour lui et il est en toute petite forme. Nous restons à son chevet.

Alors que je suis en train de faire quelques courses au Décathlon en prévision de notre week-end de randonnée, j’entends au micro du magasin « le propriétaire de la Clio immatriculée… est prié de venir se présenter de toute urgence à l’accueil du magasin ». Ayant une Clio de location, mais ne connaissant pas l’immatriculation, je ne prête pas attention au message. Je ressors du magasin 30 minutes plus tard, et je trouve ma Clio en plein milieu de l’allée centrale emboutie dans une autre voiture. Oups, il semblerait que j’ai oublié de serrer le frein à main. Ma voiture n’a rien mais elle a défoncé le pare choc d’une belle voiture en face. Et merde. Constat d’accident et certainement une franchise à régler avec mon loueur mais bon, c’est ainsi. On n’était pas venus là aussi pour ne plus avoir à gérer des soucis de véhicule ?

Anaïs revient enchantée et très enthousiaste de sa deuxième journée de classe à l’École des Créateurs.

Est-il besoin de préciser que nous passons encore une bonne soirée à refaire le monde avec nos amis. Une nouvelle fois, on se couche bien tard…

Samedi 11 décembre 2021 :

La nuit s’est un peu mieux passée pour Victor mais ce n’est pas encore le top. On aurait bien attendu encore une journée à se reposer mais nous avons depuis déjà plusieurs semaines réservé nos deux prochaines nuits en refuge de montagne. Victor se sent motivé quand-même pour essayer d’aller marcher.

Nous roulons sur la Route des Plaines qui traverse l’île puis juste après le Col de Bellevue, nous bifurquons sur la gauche vers la remarquable Forêt de Bébour plantée de magnifiques cryptomerias du Japon dont le bois continue d’être exploité sur l’île.

Dans le prolongement de la Forêt de Bébour, nous arrivons dans la Forêt de Bélouve qui est une forêt primaire. À environ 1300 mètres d’altitude, ses milliers d’hectares appartiennent entièrement aux Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion, classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Je vous avais précédemment parlé du comblement il y a 150 000 ans par les laves des dernières éruptions du Piton des Neiges du Cirque des Marsouins, le quatrième cirque en plus de Salazie, Cilaos et Mafate. Les éruptions ont aussi eu lieu depuis le Piton de Bébour qui a rempli à moitié le cirque lui donnant son actuel fond plat. Une dense couverture forestière a alors recouvert cet endroit en raison du climat frais et humide. Au fil des millénaires, les sols gorgés d’eau sont devenus riches en matière organique favorisant cette incroyable forêt primaire d’une biodiversité exceptionnelle.

Tout au bout de la route forestière en cul-de-sac, nous nous garons sur le parking du Gîte de Bélouve où nous avons réservé notre nuit de ce soir. C’est parti pour une randonnée de 10 kilomètres avec environ 280 mètres de dénivelé au plus profond de la Forêt de Bélouve très chargée en humidité. Nous marchons sur les sentiers tracés au sein d’un fouillis végétal exubérant et impénétrable duquel émergent des fougères arborescentes et de superbes arbres tortueux et enchevêtrés. Dans cette forêt humide d’altitude, la végétation ruisselle encore de la dernière pluie. A plusieurs endroits, des passerelles en bois permettent de franchir des zones plus boueuses que les autres. Dans ce sous-bois, nous sommes saisis par une ambiance quasiment fantomatique qui contribue à la magie des lieux. La lumière du Soleil, délicieusement tamisée par les hautes branches, joue avec les bancs de brume. On s’attend presque à voir apparaître un enchanteur entre ces troncs couverts de mousses et d’orchidées sauvages ! Dans cette ambiance surnaturelle, la Forêt de Bélouve qui couvre le plateau dominant du rempart Sud du Cirque de Salazie est caractérisée par la présence d’un acacia endémique de La Réunion, le tamarin des hauts dont la croissance se fait sur plusieurs dizaines d’années et dont le bois précieux alimente l’ébénisterie traditionnelle locale.

Nous bravons l’interdiction par arrêté préfectoral de nous engager sur le belvédère panoramique sur le Trou de Fer, un énorme gouffre de 300 mètres au fond évasé et aux parois tapissées d’interminables cascades hautes de plusieurs centaines de mètres. Son accès est interdit car un pan de falaise s’est effondré en dessous du belvédère. Mais nous croyons en notre bonne étoile qui continue à nous protéger, ou plutôt à ce moment précis, on n’a pas vraiment conscience du danger. De nombreux cours d’eau, notamment le Bras de Caverne et la Ravine Mazerin, s’engouffrent dans le Trou de Fer et forment une chute qui atteint 725 mètres de dénivelé cumulé (4 sauts dont le plus grand atteint 305 mètres de hauteur), ce qui en fait la plus haute chute d’eau du territoire français, et l’une des chutes d’eau les plus élevées du monde. Très inaccessible, le Trou de Fer n’a été exploré par des hommes encordés qu’en 1989 et 1990. Par chance, les nuages présents à notre arrivée se dissipent aussitôt laissant apparaître progressivement la beauté des lieux.

Retour à notre voiture par le Chemin de l’école normale, lui aussi théoriquement fermé en raison de l’état de ses passerelles en bois toutes vermoulues mais sans grand risque particulier si ce n’est celui de passer le pied à travers une planche. Nous restons vigilants.

Nous prenons ensuite possession de notre chambre au Gîte de Bélouve, ce qui nous évite d’avoir à rentrer sur Saint-Pierre ce soir et nous économise 1h30 de route et surtout, cela nous permet d’être déjà sur place demain matin pour commencer notre grosse randonnée vers le Piton des neiges. Le gîte est situé au bord du rempart du Cirque de Salazie. Nous le surplombons de 900 mètres et ce belvédère nous offre un point de vue spectaculaire sur le cirque le plus verdoyant de La Réunion. Par chance, la vue est dégagée, ce qui est une aubaine car c’est le cirque le plus arrosé de l’île. Face à nous, le rempart du cirque dont la crête est occupée par le Piton des neiges (3070 m), le Gros Morne (3013 m), le Piton Marmite (1877 m), le Cimendef  (2226 m), la Roche Ecrite (2277 m), le Piton des Fougères (1802 m), le Piton Bé Massoune (1618 m) et le Cap Picard (1165 m) avant de plonger vers l’océan.

Il ne fait pas très chaud dans la chambre. Il fait même un peu froid et la chaleur dégagée par la cuisson des pâtes est bienvenue pour réchauffer un peu l’air ambiant. Nous nous mettons vite au chaud dans nos duvets bien qu’il ne soit pas tard mais une grosse épreuve et un gros challenge nous attendent demain.

Dimanche 12 décembre 2021 :

La guérison de l’otite de Victor est sur la bonne voie bien qu’il se plaignait encore hier que chaque pas raisonnait dans son oreille. Mais notre grand garçon est bien courageux pour cette randonnée de 8,2 kilomètres. Dit comme ça, ce n’est pas énorme mais par contre le dénivelé qui nous attend est énorme, 1000 mètres ! Oui, un kilomètre de dénivelé positif ! et ce ne sera que la première étape vers le sommet du Piton des neiges, car demain matin nous attend une nouvelle grosse épreuve.

La randonnée longe le haut du rempart de Salazie nous offrant comme hier soir de somptueux panoramas sur ce cirque.

Le sentier débute dans la forêt composée de tamarins des hauts et d’une végétation luxuriante. On adore cette forêt primaire aux arbres torturés et à la végétation folle. On aime beaucoup les branches recouvertes de barbes de capucins. Peu de descentes si ce n’est celles pour franchir des ravines avant de vite reprendre les quelques mètres qu’on vient de dégringoler. Le sentier est très bien aménagé avec beaucoup de franchissements sur des passages en bois qui permettent d’éviter les passages boueux.

Nous souffrons du poids de nos bagages contenant la nourriture de deux jours, nos duvets, nos vêtements de pluie et surtout une douzaine de litres d’eau car nous devons être autonome pour les deux jours de rando. Le gîte où nous dormons ce soir ne nous permettra pas de recharger nos bouteilles d’eau (bon en fait oui mais on l’a su qu’une fois rendus en haut). Nous sommes donc tous les quatre très chargés. Les marches se succèdent et sont très hautes, parfois 30 ou 40 cm… La pente est raide. Pas de chance car Anaïs fait une mauvaise chute et son genou heurte un bout de racine qui sort du chemin. Elle est immobilisée et souffre beaucoup. Oups, pas bon… Un instant, on se voit déjà appeler l’hélico du PGHM. Mais la douleur passe un peu, l’hématome gonfle un peu. Mais Anaïs, courageuse, se sent capable de poursuivre les deux derniers kilomètres.

La végétation change radicalement au fur et à mesure de notre progression. Dommage mais le temps se couvre, bouchant toute la vue sur les hauts sommets. On espère juste que ça va s’arranger dans la nuit pour profiter pleinement du sommet demain. Quelques gouttes de pluie mais nous parvenons à entourer nos duvets de sacs poubelle et à protéger nos sacs de rando avec nos vêtements de pluie. En début d’après-midi, nous arrivons après 1000 mètres de D+ au Refuge de la Caverne Dufour à 2480 mètres d’altitude en plein dans les nuages. Un instant après, un énorme orage déverse des trombes d’eau sur le gîte. On a été très chanceux d’arriver à temps.

Le refuge est vétuste, impersonnel mais propre. Il y a 4 dortoirs pouvant accueillir jusqu’à 15 personnes mais par temps de Covid, les mesures sanitaires imposées n’autorisent qu’une famille par dortoir. Nous avons donc rien que pour nous, 3 lits superposés à 3 niveaux chacun. Le gîte a une capacité de 45 couchages mais nous ne sommes que 12 randonneurs ce soir. Tant mieux ce sera plus calme pour se reposer ce soir. Il fait froid dans la chambre, et nous passons l’après-midi dans nos duvets. Je fais une grosse sieste de plus de deux heures, Victor découvre les sudokus avec sa maman et Anaïs écrit dans son journal de bord.

A 18h30, nous dînons et à 19h30, nous sommes déjà au lit et nous ne tardons pas à nous endormir.

Lundi 13 décembre 2021 :

2h45, le réveil sonne. Pas besoin de s’habiller car on a dormi avec nos vêtement dans nos duvets. 3h10, nous sommes déjà chargés de nos sacs de rando et c’est à la lumière de nos lampes frontales que nous randonnons vers le sommet du Piton des neiges avec pour objectif d’y arriver avant le lever du Soleil. C’est une première pour nous de randonner de nuit. Vraiment étrange comme expérience de marcher sur les scories sans voir ce qui nous entoure. Le sentier rocailleux est jalonné de marques blanches qu’il ne faut pas perdre de vue. Mais comme toujours, nous avons notre GPS qui nous remet vite sur le bon chemin au cas où on s’égare.

On sent bien que la végétation a disparu et que l’environnement est lunaire. Mais il fait nuit noire. Le ciel est parfaitement étoilé ce qui laisse présager du beau temps pour savourer la beauté des lieux où nous avons la chance d’être. Au fur et à mesure de notre progression, on voit de mieux en mieux les villes illuminées encore endormies en périphérie de l’île sur le littoral. On commence aussi à voir les premières lueurs du jour derrière le sommet de l’imposant Piton de la Fournaise qui se dessine de plus en plus. La randonnée n’est pas si difficile que cela bien qu’on prenne 600 mètres de dénivelé en 3 km. C’est surtout moins difficile qu’hier car nous ne sommes pas autant chargés, quasiment tous nos bagages étant restés au refuge. Le genou d’Anaïs, extrêmement douloureux au réveil, s’est réchauffé et la douleur est moins forte bien qu’elle ait mal à chaque pas. Mais elle n’imaginait pas un instant renoncer à cette ascension de nuit. L’oreille de Victor est guérie et notre grand garçon crapahute avec enthousiasme.

Puis à 5 heures du matin, nous arrivons dans un froid glacial au sommet de l’île de La Réunion qui est aussi le sommet de tout l’Océan Indien. 3070 mètres au-dessus du niveau de la mer. Panorama à 360°. Vue magique sur le Soleil qui pointe à l’horizon juste derrière le Piton de la Fournaise où nous sommes montés il y a quelques jours. La silhouette des reliefs qui se révèle est tout juste magique. L’émotion nous submerge. Tellement heureux d’être parvenus au sommet. On aime relever ce genre de défis. L’intensité de l’île de la Réunion ne laisse pas insensible, ne nous laisse pas insensible. Quelle énergie il se dégage de ces incroyables lieux ! Ça y est, le Soleil se lève. Magique. Il est bien au rendez-vous à 5h31.

A nos pieds, le cratère du Piton des neiges tout effondré, érodé par le temps et par l’absence d’activité volcanique. Ce volcan n’est pas éteint mais juste en sommeil. Il fait environ 200°C vers 2000 mètres de profondeur. Sa dernière éruption remonte à seulement 12 000 ans, ce qui n’est rien par rapport à son âge estimé à 5 millions d’années, même s’il a émergé de l’océan il y a 3 millions d’années. Il aurait atteint une altitude de 5000 mètres au-dessus de niveau de la mer mais du fait de son érosion et de ses effondrements, il a perdu 2000 mètres. Il est à l’origine de la création des deux tiers de l’île. Le Piton des neiges a un nom un peu trompeur car il est exceptionnel qu’il neige à son sommet. Les dernières chutes de neige remontent à 2006.

Nos guides touristiques ne nous ont pas menti : « le panorama est le plus fantastique et le plus complet de La Réunion ». Nous dominons le Cirque de Cilaos en contrebas cerné de remparts qui sortent de l’ombre au fur et à mesure que les minutes passent. Sur notre droite, le sommet du Gros Morne suivi dans le prolongement de la ligne de crête du Col du Taïbit par lequel nous étions passés en rando en sortant du Cirque de Mafate pour rejoindre celui de Cilaos. On devine d’ailleurs l’îlet de Marla dans le Cirque de Mafate où nous étions intervenus dans la classe unique et où nous avions passé notre dernière nuit. Tout au loin, on distingue la ville de Saint-Pierre sur le littoral Sud-Ouest.

Mais qu’est-ce qu’on a froid. Anaïs en pleure tellement c’est douloureux pour les doigts et pour la douleur à son genou qui se réveille en refroidissant après l’effort de la montée. Les 1600 mètres de dénivelé négatif vont être compliqués. Pas le choix ou bien il faut appeler les secours. Mais elle prend encore sur elle et arrive à marcher quand il est venu l’heure d’entamer la longue descente qui nous attend. Rapidement, nous nous réchauffons dès qu’on redescend de quelques dizaines de mètres du sommet.

Retour par le même chemin vers le Refuge de la Caverne Dufour où nous découvrons les paysages cette fois de jour. Cette étrange sensation qu’on a eue ce matin de marcher juste éclairé par le faisceau lumineux de notre frontale laisse place à présent à la magie de découvrir ce paysage lunaire en plein jour.

Vers 7h30, nous sommes de retour au refuge avec déjà 6 km dans les jambes et 1200 mètres de dénivelé cumulé… Petit déjeuner puis petite sieste pour Anaïs pendant que nous préparons les bagages et que nous prenons un café. Il fait grand jour et nous savourons cet incroyable point de vue sur le Piton des neiges parfaitement dégagé.

Juste à côté du refuge, un belvédère offre lui aussi un panorama exceptionnel sur le Cirque de Cilaos.

Il est temps de repartir car nous avons encore 1000 mètres de dénivelé négatif pour rejoindre notre voiture. Un pied devant l’autre, pas après pas, sans trop de souffrance pour Anaïs, nous descendons du sommet de La Réunion. Au fur et à mesure de la descente et des heures de la matinée qui passent, les températures augmentent et on a bien chaud alors qu’il y a quelques heures, on pleurait engourdi par le froid. Comme souvent sur l’île, en cours de matinée, les sommets s’entourent de nuages. Le Cirque de Salazie qui était tout dégagé hier, est ce matin entièrement sous un épais nuage.

Fatigués par cette longue rando d’aujourd’hui d’environ 12 kilomètres, 600 de D+ et 1600 de D- mais tellement fiers de nous et de nos enfants, nous arrivons à la voiture. Petits étirements comme après chaque grosse rando. A la louche, depuis notre arrivée sur l’île il y a un mois, nous avons randonné environ 140 km avec 7000 mètres de dénivelé positif. Et ce n’est pas fini…

Retour chez nos amis Alex et François à La Ravine des Cabris près de Saint-Pierre où nous retrouvons le confort et le charme de notre bungalow 5 étoiles. La douche et la baignade dans la piscine à 30 degrés sont plus que bienvenues !