38. Mongolie : du 22 au 28 juillet 2019 : Gorges de la Chuluut, Vallée de la Khoïd Tamir, Tsetserleg, Kharkhorin, Monastères de Galdaan Zuu et d’Erdene Zuu Khiid, Dunes d’Elsen-Tasarkhaï

733 km parcourus du 22 au 28 juillet 2019

31 953 km parcourus depuis le départ

Lundi 22 juillet 2019 :

Encore un bivouac bien agréable dans le parc national du volcan Khorgo que nous avons découvert hier en compagnie de nos amis voyageurs les Plem. Bon, en ce bord de rivière, on s’attendait en fait à un lieu un peu plus calme mais de nombreux camions ont emprunté la piste pour venir s’approvisionner en pouzzolane. Qu’importe, le cadre ce matin est encore bien agréable. Des yacks traversent la rivière Suman Gol et se laissent emporter par le courant. Nous avons peur pour les petits mais ils parviennent tout de même à rejoindre la rive opposée.

Nous levons notre bivouac, nous approvisionnons en gasoil à Tariat et prenons la route toujours vers l’est en direction d’Oulan Bator. Celle-ci est goudronnée depuis déjà quelques années mais vieillit très mal. Les hivers trop rigoureux à -40 ou -50° ainsi que les travaux de terrassement certainement peu adaptés font souffrir trop vite le revêtement.

Seulement une trentaine de kilomètres après, nous quittons la route pour nous enfoncer un petit peu sur une piste de terre mais de laquelle sortent de nombreux gros cailloux un peu trop saillants pour nos pneus. Nous longeons les gorges de la Chuluut. Cette rivière, affluent de l’Ider a creusé dans la lave (dont l’éruption remonterait à un million d’années) un profond canyon d’environ 50 mètres.

Avec les Plem, nous partons randonner le long de ces magnifiques gorges en traversant des prairies fleuries de plantes très odorantes. Nous trouvons des Edelweiss, fleurs de montagnes rares en France mais abondantes en Mongolie.

Nous bivouaquons encore une fois au milieu de rien. C’est magique. De nouveau, en fin d’après-midi, le temps vire à l’orage juste quelques instants. De gros nuages noirs arrivent aussi vite qu’ils repartent laissant place à un magnifique arc en ciel.

Et puis, nous faisons une chose qu’on n’aurait jamais pensé faire en Mongolie : un barbecue. Dans notre esprit, il n’y avait pas de bois, ni de viande… Et bien oui, nous avons trouvé une boucherie où nous avons acheté de la viande de yack à 2,50€ le kg et comme vous le voyez sur les photos, nous traversons finalement quelques endroits boisés. La viande est d’excellente qualité et super tendre.

 

Deux hommes arrivent à moto et comme beaucoup de Mongols, se posent à côté de nous et nous observent. Ils coupent même le moteur et attendent, sans un mot. Nous partageons avec eux notre repas et leur préparons une assiette. Ils mangent et repartent comme ils sont arrivés.

La soirée se poursuit autour d’un feu où nous faisons griller quelques chamallows devant un ciel de mille feux.

Mardi 23 juillet 2019 :

Les enfants ne font pas l’école ce matin et nous prenons la route dès 10 heures. Les Plem restent derrière nous. Seulement une centaine de kilomètres nous séparent de notre prochain arrêt mais malheureusement, la route pourtant asphaltée, est pourrie. Le goudron est déformé, troué et la Tiny rebondit. Le mode dégradé nous permet toujours d’avancer vers la capitale où nous avons rendez-vous la semaine prochaine chez Mercedes pour une révision.Nous marquons l’arrêt à Ikh Tamir dans une guanz, une petite cantine où pour moins de 2€ par personne, nous savourons un délicieux plat bien garni de pâtes fraîches, de légumes et de viande.Nous quittons un instant l’itinéraire T3 pour faire un aller-retour sur l’itinéraire K4. Ces numéros parleront plus aux voyageurs utilisant l’indispensable guide « Mongolie : Les plus beaux itinéraires en 4×4, moto et camping-car ». Nous longeons la vallée de la Khoïd Tamir, boisée d’arbres feuillus, sur 25 kilomètres par une piste en bon état général mais avec quelques sympathiques passages d’eau ou de boue et des pentes à la limite des capacités (réduites par son manque de puissance) de notre fidèle et vaillante Tiny.

Le long de ce cours d’eau, sont installées de nombreuses familles d’éleveurs. La voiture hybride Prius, symbole du modernisme et de la technologie de pointe est étonnamment pour nous la voiture de quelques uns de ces nomades vivant comme leurs ancêtres mais ne se déplaçant pas qu’à dos de cheval !

Cette vallée est réputée pour être une des plus grandes concentrations de pierres à cerfs de Mongolie. Ce sont des stèles monolithiques de 1 à 4 mètres de hauteur, gravées de dessins de cerfs mâles avec des becs d’oiseaux qui se situent souvent à proximité de tumulus circulaires. On trouve également sur ces pierres à cerfs en granit nommées Balbals des motifs géométriques (cercles représentant la lune et le soleil) et des armes comme des poignards, des arcs et des boucliers. Ces animaux semblant s’envoler symboliseraient le passage de l’âme du défunt vers l’au-delà. Elles datent de l’âge du Bronze (1500 à 500 ans av. J.-C.). Certaines ont été réutilisées plus tard dans des tombeaux et autres sépultures. Il y aurait environ 700 pierres à cerfs répertoriées en Mongolie. Les plus belles se situent sur le site de Tsatsiin Ereg. Une dizaine de pierres sont présentes sur le site. Ici, le granit a été recouvert d’une patine d’oxyde de fer mettant encore mieux en relief les animaux gravés.

Près d’une mine de charbon, nous découvrons en haut des montagnes des gravures rupestres datant de la même période que les pierres à cerfs. Ces pétroglyphes représentent des mouflons, des moutons, des chèvres, des cerfs…

D’immenses cercles de pierres protègent les tumulus que nous distinguons sous ces monticules de pierres.

Nous resterions bien ici à bivouaquer mais je préfère faire la piste en sens inverse de peur qu’il ne pleuve ce soir ou demain et que la piste soit encore plus difficile par endroit. Finalement, ça se passe bien. Les passages de creux remplis d’eau ne font même pas peur à la Tiny. Tiens, soudain dans le sens inverse nous apercevons la silhouette d’un camping-car bien connu. Nos amis les Plem arrivent pour visiter la vallée. La piste se sépare en deux. J’ai le choix entre une belle flaque d’eau un peu trop longue et trop profonde à mon goût ou un passage boueux. Je choisis le passage de gauche. Mauvais choix. Le porte-à-faux de la Tiny reste bloqué dans le passage boueux et m’empêche de remonter la pente. Le pare choc arrière et la roue de secours fixée sous le châssis sont figés dans la boue.

Nos amis arrivent et se moquent bien de nous en nous voyant tanqués ! On en aurait fait de même en situation inverse ! Mais quel incroyable et heureux hasard de se croiser ici juste au moment où nous nous enlisons.Nous accrochons la sangle à leur anneau de remorquage, mettons nos plaques de désenlisement sous nos roues arrière et du premier coup, grâce à l’aide de deux mongols qui poussent en même temps que nos enfants et nos femmes, Miguel arrive à me sortir de ce mauvais pas…

Après des embrassades, chacun repart de son côté. Mais la Tiny fait un bruit bizarre, un bruit d’échappement libre. Je me penche dessous et m’aperçois que dans le choc, le silencieux s’est déconnecté du tube primaire. On verra ça demain.Les Mongols qui nous ont aidés tout à l’heure nous font signe de nous arrêter. L’un d’eux monte dans le camion tandis que son copain nous suit en moto. Il a l’air tout heureux d’être baladé dans cette étrange maison roulante ! Nous continuons et terminons les quelques difficultés de la piste avant de poser notre bivouac près d’un Ovoo et de la rivière Koïd Tamir à l’entrée du village. Il marque la présence d’une source à laquelle les habitants d’Ikhtamir viennent s’approvisionner en eau potable. Certains ne manquent pas de faire trois fois à pied le tour de l’Ovoo avant de remplir leurs bidons. De gros nuages noirs arrivent, le vent se lève, la pluie tombe quelques instants, un double arc-en-ciel illumine la montagne voisine au pied de laquelle un éleveur rassemble ses bêtes. Nous sommes heureux.

Mercredi 24 juillet 2019 :

Les enfants sortent leur cahier d’école pendant que je sors ma clé de 13 pour refixer le pot d’échappement. Nous faisons le plein à la maison de l’eau où une petite fille actionne le robinet pour remplir nos bidons.

Non loin de notre bivouac, nous faisons un petit détour pour aller voir le site du rocher sacré de Taikhar Chuluut aux multiples légendes. Le rocher est tagué depuis des centaines d’années. Les plus vieux tags, dateraient de l’époque turque du 6ème au 8ème siècle.

Le site pourrait être agréable s’il n’était pas si touristique. Vendeurs de souvenirs et de balades en yack autour du rocher ont envahi les lieux, de même que les petits restos et autres camps de yourtes collées les unes aux autres. Nous n’aimons pas ce genre de lieux, surtout après toute cette première partie de la Mongolie que nous avons traversée dans un isolement total. Mais il faut bien se rendre à l’évidence. Depuis le début de ce nouvel article et la visite du volcan de Khorgo, nous sommes sur les circuits touristiques organisés au départ d’Oulan Bator. Les 4×4 et petits bus russes envahissent quasiment chacun des sites que nous visitons.

La Mongolie perd un peu de son charme. Les yourtes sont remplacées progressivement par des constructions en dur. Les lignes électriques réapparaissent. Les troupeaux d’animaux en liberté s’éloignent des routes goudronnées. Les vendeurs ambulants occupent le bord des routes. Mais il nous reste encore plus d’un mois à profiter tout de même des paysages toujours très beaux et de tenter d’aller faire de nouvelles rencontres. La priorité est avant tout de se rapprocher de la capitale pour effectuer nos démarches administratives de visas chinois et surtout d’arriver à l’heure à notre rendez-vous de mardi prochain chez Mercedes. Oulan Bator se rapproche. Plus que 500 km.

Nous roulons quelques dizaines de kilomètres mais devons affronter une difficulté que nous n’avions pas prévue, à savoir la montée d’un sacré col. La route bien que goudronnée à présent ne l’est plus au niveau des quelques cols à franchir. Et là, il y en a un sacré pentu devant nous. Notre GPS affiche 20% de pente ! et nous savons que c’est bien beaucoup, bien trop pour notre pauvre Tiny. Péniblement, à fond de première, à 3000 tours par minute, elle franchit mètre après mètre, à la vitesse d’un piéton, la pente. Il me faut éviter les gros trous sur la piste, perdant à chaque fois mon élan. Nous serrons les fesses. Personne ne parle dans la Tiny. L’avantage est que nous avons le temps de profiter des paysages très boisés. Avec fierté, notre vaillante Tiny arrive au niveau de l’Ovoo, signe de franchissement du col.

Nous arrivons à la grande ville de Tsetserleg, bâtie de petits immeubles, de maisons en dur et en périphérie, de quartiers plus populaires avec des yourtes.

Après avoir racheté du crédit pour notre carte SIM nous nous dirigeons vers le Temple de Zayain Gegeenii Süm, transformé en musée ethnographique de l’Aïmag d’Arckhangaï. Les bâtiments sont superbes et nous adorons ce mélange d’architecture tibétaine, mongole et chinoise datant de 1586 et agrandis en 1679 (bâtiments latéraux). Ils pouvaient abriter 1000 moines qui résidaient alors dans cinq temples.

 

La salle principale est consacrée au mode de vie traditionnel mongol : costumes anciens, outils traditionnels (dont un joli rabot qui rejoindrait bien la collection de mon papa), une yourte superbement décorée et meublée, des instruments de musique, des armes, des selles… Une deuxième salle est consacrée aux icônes religieuses. Une autre salle rassemble des jeux traditionnels mongols. Nous entamons une partie d’osselets après avoir regardé les règles locales du jeu sur YouTube.

Non loin, nous faisons l’ascension du grand escalier de 227 marches (comme toujours, Victor les a comptées) menant au monastère de Galdaan Zuu et à la grande statue de Bouddha. Nous baignons pour la première fois dans cette nouvelle religion : le Bouddhisme. Bouddha aurait vécu en Inde au 6ème siècle av. J.C. Le Bouddhisme pour certains n’est pas une religion mais l’enseignement d’un sage, une philosophie, sans dogme et sans dieu suprême.

Nous ne nous attendions pas avant d’arriver en Mongolie à trouver trace du Bouddhisme. Nous avançons dans notre voyage et avons réellement le sentiment d’entrer dans une nouvelle phase de notre voyage en mettant les pieds en Asie. Nous laissons temporairement les pays musulmans derrière nous.

Par chance, malgré le fait que nous soyons dans une ville de taille moyenne, nous trouvons un bivouac super agréable au bord d’un petit ruisseau serpentant au milieu de verts paysages, une nouvelle fois entourés de yacks. Mais peut-être pour la dernière fois, car au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la capitale, nous perdons de l’altitude et les yacks ne se trouvent qu’au-delà de 1800 mètres environ. Et en prime, nous avons une vue sur le temple visité tout à l’heure.

Jeudi 25 juillet 2019 :

Nous roulons vers Kharkhorin, l’ancienne capitale de l’empire Mongol, fondée en 1220 sous les ordres de Genghis Khan. Au milieu du 13ème siècle, Karakorum était un lieu incontournable. Genghis Khan en avait fait une base d’approvisionnement et son fils Ögödeï y ordonna la construction d’une capitale, ce qui attira commerçants, dignitaires et travailleurs qualifiés venus d’Asie et même d’Europe. La ville fut alors l’une des plus grandes villes au monde. En 1235, un palace fut construit entouré de 4 murs. On y trouvait également des parties administratives, militaires, résidentielles, commerciales, religieuses et politiques. Mais le petit-fils de Gengis Khan déplaça la capitale à Khanbalik (plus tard appelée Pékin). La ville fut délaissée, puis détruite en 1388 par des soldats chinois. Les restes de Kharkhorin furent utilisés pour construire en 1586 un immense ensemble monastique, l’Erdene Zuu Khiid, enclos par d’immenses murailles surmontées de 108 stupas.

En 1872, cette immense carré abritait au sein de ses murs 500 immeubles, 62 temples accueillants 1500 moines. Il ne reste qu’une partie de ces bâtiments mais superbement bien conservés et restaurés. Nous adorons cette architecture et sommes ébahis par la ferveur des gens venant prier et faire des offrandes d’argent et de nourriture. Le monastère alterna entre périodes d’abandon et de prospérité jusqu’à ce que les purges communistes de 1937 le mettent finalement complètement hors d’état. Seuls trois temples de l’Erdene Zuu Khiid échappèrent aux destructions et un nombre inconnu de moines furent soit tués, soit envoyés dans les goulags de Sibérie. Le monastère fut fermé puis ouvert de nouveau en 1965 mais sans fonction de lieu de culte. Ce ne fut qu’après la chute du communisme en 1990 que la liberté religieuse reprit ses droits et que le monastère retrouva sa fonction d’origine. Nous visitons les temples Baruun Zuu, Zuu de Bouddha et Zuun Zuu, dédiés aux trois étapes de la vie du Bouddha : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Quelle richesse tous ces masques de danses rituelles, ces statues et sculptures !

Et qu’il est impressionnant de voir la ferveur des fidèles et des moines qui viennent prier.

En dehors des murs d’enceinte du monastère, nous voyons une tortue de pierre qui indiquait autrefois les limites de la ville. Les tortues, symboles d’éternité, étaient les protectrices de la ville. Cette visite nous a énormément plu. Mais encore une fois, l’endroit est très touristique et l’envers du décor, c’est ça !Durant notre visite, nous avons d’ailleurs croisé des voyageurs que nous connaissons bien ! les Lav’cul que nous avions déjà vus en Turquie, en Iran, au Turkménistan et au Kirghizistan. Heureuses retrouvailles. C’est quand même fou de se recroiser dans un pays grand comme trois fois la France ! Bon d’accord, il n’y a pas 36 routes possibles en Mongolie mais quand même… Par contre, c’est la dernière fois que nous les voyons sur ce voyage, car ils sont sur le chemin du retour vers la France, avant de partir vers de nouvelles aventures ! Et puis nous sommes rejoints également par les Plem. Se joignent aussi à nous Anaïs et Fabien, un sympathique couple de nantais venus passer 3 semaines ici et ayant loué deux motos pour se déplacer. Encore un joli bivouac, entourés de beaux rapaces et d’une jolie cigogne noire et arrosée de la fameuse « water of life » des Lav’Cul.

Vendredi 26 juillet 2019 :

Nous faisons route cette fois sur un asphalte en meilleur état toujours vers l’est. Moins de 400 km nous séparent de la capitale.

Près d’un Ovoo, cette fois pas couvert d’écharpes bleues, nous marquons l’arrêt devant un monument Bouddhiste composé de 9 stupas juste restaurées d’un badigeon de chaux.

Nous faisons notre pause méridienne devant ce monument et profitons du haut de cette colline d’un joli point de vue sur les dunes de sable d’Elsen-Tasarkhaï dont je vous parlerai plus tard.

Nous faisons encore une belle rencontre locale. Une femme accompagnée de son fils vient nous saluer sur son cheval. Echanges de sourires. Timide, elle repart. Son mari, quelques instants après, arrive en moto. Il ose nous approcher et monter dans la Tiny. Souriant, avenant, bavard : les échanges sont une nouvelle fois limités mais tout de même agréables. Il demande à son fils d’aller chercher sur son campement son cheval pour faire monter Anaïs et Victor. Nous lui proposons de partager notre repas de ce midi. Bien qu’il ait déjà mangé, il fait honneur au bon petit plat d’Audrey.

Il porte la tenue traditionnelle mongole, un grand manteau noué à la taille par une écharpe colorée. Il insuffle du tabac à priser, rangé dans une belle tabatière argentée assortie à sa bague décorée d’une croix gammée. Mais n’y voyez aucune connotation négative liée à son utilisation par le régime nazi. Elle est ici un symbole de bon augure désignant l’éternité ou la bonne fortune. Le symbole est très ancien, et remonte au néolithique, il y a plusieurs milliers d’années, avant même l’invention de l’écriture. Tant chez les Grecs que chez les Hindous, la croix gammée, dont le véritable nom est Svastika, désigne un signe de bon augure ou l’expression de bonne chance. C’est donc un symbole à valeur positive, dans la majorité des cultures. Les idéogrammes chinois en forme de croix gammée (barres en S) ou de croix gammée inversée (barres en S inversé) désignent respectivement l’éternité (dix milles, c’est-à-dire beaucoup) et le « Coeur de Bouddha ». Le svastika inversé est d’ailleurs utilisé sur les cartes pour repérer l’emplacement des temples bouddhiques.

Il signe notre carnet des belles rencontres de notre voyage. En repartant, nous nous arrêtons chez lui et vous savez quoi ? il vit dans une Tiny House ! Nous partageons un thé, mangeons quelques beignets et sommes invités également à feuilleter l’album photos de famille. Nous refusons par contre le petit verre de vodka. Il n’est que 14 heures.

Nous repartons mais nos essuie-glaces en vitesse intermittente ont un comportement bizarre et s’arrêtent en plein milieu du pare-brise. Est-ce que ça vient de mon commodo qui donne des signes de faiblesse (au niveau du fonctionnement du clignotant gauche) depuis quelques temps ? En fait non, je ne pense pas, je m’aperçois que l’alternateur ne charge plus la batterie… la poisse… A surveiller de près et j’espère que ça pourra attendre notre arrivée à Oulan Bator (encore à 300 km) et la livraison en début de semaine par notre ami Pascal d’un alternateur neuf. Arrivés sur notre bivouac, je mets la batterie du porteur en charge grâce à un petit chargeur 12 volts que je branche avec une rallonge sur mon convertisseur 12-220 relié à la batterie de cellule.

Nous bivouaquons donc au milieu des dunes de sable d’Elsen-Tasarkhaï, connues également sous le nom de Mongol Els. Elles s’étendent sur 70 km de long et surgissent au milieu de ce paysage. Le temps n’est pas très ensoleillé aujourd’hui. Nous remettons à demain notre balade. Les Plem de nouveau nous rejoignent et les enfants passent l’après-midi à jouer ensemble.

Samedi 27 juillet 2019 :

Le moral est moyen aujourd’hui. Les soucis mécaniques s’accumulent et le stress de ne pas arriver à Oulan Bator pèse alors qu’au contraire, on s’en rapproche chaque jour un peu plus. Mais le temps est exécrable ce matin et nous n’aurons pas assez de batterie pour faire fonctionner les essuie-glaces et les phares. Nous attendons que l’orage passe.

Et puis, par notre réseau de voyageurs avec lequel nous échangeons sur nos bons et mauvais plans par l’intermédiaire de différents groupes WhatsApp, nous apprenons que la première famille ayant déposé sa demande de visa chinois vient de se faire refuser ce précieux sésame permettant de traverser la Chine pour rejoindre l’Asie du sud-est. Nous sommes de nombreuses familles à être dans la même situation qu’eux. Nous supposons, comme nous le craignions, que le visa ne soit pas accordé à cause du tampon turc déjà présent dans nos passeports. Nous verrons bien pour nous en commençant nos démarches à l’Ambassade de Chine lundi prochain. La réponse viendra une dizaine de jours plus tard, en espérant qu’elle soit positive. Sinon, nous devrons revoir notre itinéraire et repasser par la Russie, rejoindre Vladivostok, prendre un ferry pour la Corée du sud et le Japon, reprendre un ferry pour la Corée du Sud, prendre un roro pour le Cambodge ou la Malaisie… Ce qui ne paraît pas désagréable mais ce qui est tout de même beaucoup plus onéreux et ce qui décalerait les visites de notre famille et de nos amis prévues aux prochaines vacances de la Toussaint et de Noël.

Le mauvais temps se calme. Ce n’est pas encore un grand ciel bleu et les températures caniculaires de l’Europe mais bon, cela nous permet tout de même de sortir découvrir les beaux paysages des dunes de sable d’Elsen-Tasarkhaï. Elles nous font patienter en attendant les immenses Khongoryn Els dans le désert de Gobi, que nous espérons voir le mois prochain.

Nous reprenons la route, un peu stressés par notre voltmètre dont la tension varie entre 11,6 et 12,4 volts, ce qui signifie que notre batterie ne charge pas, voire plutôt même se décharge. On ne sait pas combien de temps on va ainsi pouvoir rouler. Nous avons les yeux figés sur ce voltmètre et sur les trous de la route. Ainsi que sur notre voyant EDC toujours allumé en rouge de même que celui des freins et maintenant celui de la batterie qui indique une tension trop faible… Pas trop agréable ce stress. Mais on en a vu d’autre. Ce n’est pas ça qui va nous arrêter…

Nous avions au départ prévu de nous arrêter une nuit dans le parc national Khögnö Khan mais nous préférons couper la route de 300 km qui nous séparent d’Oulan Bator en deux étapes. Nous roulons donc 150 km jusqu’à la ville de Lun. Finalement, nous avons eu assez de jus pour tenir cette distance. Je remets pour la fin de journée la batterie en charge.

Nous nous offrons le luxe pour 3000 tugriks chacun d’une longue douche dans des douches publiques ! Quel bonheur de pouvoir traîner un peu sous l’eau bien chaude ! Les voyageurs comprendront.

Dimanche 28 juillet 2019 :

Anaïs et Victor terminent leur année scolaire. Ils ont travaillé tous les deux avec beaucoup de sérieux, beaucoup d’application et d’envie de bien faire. Ils ont été curieux de tout, faisant sans cesse des ponts entre ce qu’ils découvraient dans les livres et ce qu’ils voyaient autour d’eux. Anaïs passe en 4ème et Victor entre en CM2. Leurs parents sont très fiers d’eux !

Dernière étape nous séparant d’Oulan Bator. Les derniers 130 km nous séparant de la capitale où nous allons enfin (on l’espère) pouvoir refaire une santé à notre Tiny pour affronter la suite du voyage. Les paysages défilent. Ils sont vallonnés. Ils ne sont plus boisés mais très verts car c’est la saison des pluies. Nous trouvons des champs cultivés que nous n’avions pas encore vus en Mongolie. Blé et colza poussent mais ont bien deux mois de retard par rapport à la France. Nous voyons également le premier tracteur agricole.

Nous sentons que nous approchons de la ville. La Mongolie change radicalement par rapport au premier mois que nous venons de vivre si reculés du monde, à travers ces steppes à perte de vue. Les clôtures apparaissent. Les lignes électriques et les panneaux publicitaires aussi. Quelques dizaines de kilomètres avant la capitale et ses 1,5 millions d’habitants, apparaît la vie débordante qu’on trouve dans toutes les grandes villes du monde. Cela fait aussi un mois que nous n’avions pas vu un avion dans le ciel. Les industries crachent d’épais nuages toxiques. Oulan Bator est la capitale la plus polluée au monde.

Nous sommes fiers d’arriver à la capitale. Fiers d’avoir réussi à parcourir 2388 km depuis l’apparition du mode dégradé. Fiers d’avoir suivi notre instinct au moment de cette panne survenue en Sibérie qui nous disait d’aller toujours droit devant et de ne pas rebrousser chemin. Fiers de cette solidarité entre amis voyageurs qui nous a également permis d’avancer et de nous sortir de quelques mauvais pas. Merci les Hakuna Matata, la Smalaventure et merci les Plem ! Fiers de nos enfants toujours aussi patients et calmes dans les moments difficiles et les longues heures de route.

Nous nous garons près de l’aéroport sur le parking du bureau d’immigration. Nous devons cette semaine renouveler notre visa mongol pour le mois d’août. A partir de demain, nous commencerons également nos démarches à l’ambassade de Chine en espérant avoir plus de chances que la famille qui vient de se faire refouler.

Et puis après demain, nous espérons que nous aurons un diagnostic chez Mercedes. Et qu’ils trouveront une solution. Croisez les doigts pour nous ! Bref, une semaine pas forcément très agréable qui commence… Mais cela fait également partie du voyage… et puis heureusement, nous aurons le bonheur de revoir des amis attendus depuis longtemps ! Et Baam !

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