Samedi 25 décembre 2021 :

Joyeux Noël chère famille, chers amis, chers inconnus mais fidèles lecteurs de notre blog ! Il est des moments difficiles dans la vie nomade que nous avons choisie, en particulier (mais c’est le seul) celui d’être loin des gens qu’on aime. C’est encore plus dur surtout dans les moments des fêtes comme celle de Noël que nous avons l’habitude d’ordinaire de passer en famille. Encore plus dur quand on sait nos proches réunis autour d’oreillettes, de petits croquets aux amandes ou d’une bûche de Noël. D’autant plus difficile qu’on ne peut profiter des bébés de la famille qu’on ne peut voir grandir. On pense bien entendu à Elsa, à Yuna et à Ethan. On le sait et on doit l’assumer, mais c’est bien la plus grosse concession de notre choix de vie.

Après un Noël 2015 passé sur l’île de Pâques au Chili, un Noël 2018 passé à Fint au Maroc (où notre famille nous avait rejoints), un Noël 2019 passé aux Temples d’Angkor au Cambodge (où nos amis nous avaient rejoints), un Noël 2020 passé à Budva au Monténégro, nous fêtons ce Noël 2021 sur l’île de La Réunion. Jamais nous n’oublierons ce réveillon d’hier soir passé au pied du volcan du Piton de la Fournaise en éruption : je ne peux m’empêcher de vous remettre une photo !

Heureusement les moments passés en visio par WhatsApp avec notre famille nous permettent d’atténuer cette distance physique de près de 10 000 km qui nous sépare. Et puis, on se raccroche au fait qu’on va très bientôt retrouver mon papa, mes beaux-parents et ma marraine qui nous rejoindront d’ici une petite semaine si tout va bien. Oui, si tout va bien, car ici comme en métropole, les cas de Covid augmentent de jour en jour avec la contagiosité exponentielle du nouveau variant Omicron, les mesures sanitaires se durcissent mais on croise les doigts pour que leur vol ne soit pas annulé, comme cela s’était déjà produit au mois de juillet dernier, quelques jours avant qu’ils ne s’envolent pour nous rejoindre en Namibie.

Le Père Noël, même dans l’hémisphère Sud, passe. Il est un peu moins couvert car c’est l’été austral en ce moment sous les tropiques. Il n’y a pas de conduit de cheminée dans la case mais il arrive à trouver nos savates comme on dit ici à La Réunion. Comme d’habitude, il nous gâte ! Une tablette graphique, un abonnement Deezer, des ciseaux à bois, un abonnement en ligne pour apprendre à confectionner des jouets en bois, des futurs dessins à venir réalisés sur la tablette graphique qui doit arriver dans les bagages de notre famille (et oui, il n’y a pas Amazon à La Réunion et le Père Noël l’a livrée à Poitiers), une excursion dans des tunnels de lave (si le volcan se rendort…).

Pas d’école aujourd’hui en ce jour de fête mais juste la rituelle écriture des carnets de voyage pour les enfants, la préparation des sorties pour la prochaine venue de la famille pour Audrey et le tri des centaines de photos de l’éruption d’hier soir pour moi, ce qui n’est pas facile, mais ce serait mal venu de se plaindre, je vous l’accorde, et c’est mon unique problème de la journée…

Dans l’après-midi, nous partons visiter L’Entre-Deux, un joli village créole situé entre deux rivières : le Bras de Cilaos et le Bras de la Plaine. Agréable petite balade dans le mignon bourg perché à 400 mètres d’altitude au pied des montagnes du Dimitile et des hauts sommets ceinturant le Cirque de Cilaos. Belles cases créoles colorées construites en bois et en tôles au milieu de jardins luxuriants. Nous retiendrons ces agréables petits mots échangés avec une vieille mamie qui nous souhaite un joyeux Noël juste parce qu’on lui a offert un sourire en la croisant. Qu’est-ce qu’on aime cette douceur de vivre ici sur l’île de La Réunion, ces échanges si naturels, ces sourires, ces bonjours…

Nous empruntons le petit sentier du Bassin Sassa. Un chemin de terre descend et nous conduit à un ru s’écoulant paisiblement dans le fond de la ravine Bras-Long avant d’arriver au petit bassin. La nature nous émerveille par sa générosité.

Dimanche 26 décembre 2021 :

Nous passons l’après-midi sur une aire de pique-nique à la Rivière Saint-Etienne à Saint-Louis avec Amandine, Thomas, Manoa et Tiago, les amis de nos amis avec qui nous avons déjà partagé de très bons moments depuis notre arrivée sur l’île. Là aussi, l’ambiance est très familiale. Sur l’île, le pique-nique dominical est une véritable institution. Autant dire que l’interdiction des pique-niques, en raison de la pandémie, a du mal à être appliquée. En même temps, le risque de contagion au coronavirus est certainement plus important sur une terrasse de café ou dans un resto ! Qu’on aime aussi cette diversité culturelle, ce mélange de population. Tout le monde se respecte. Tout le monde se salue. Autour de nous sur cette aire de pique-nique, beaucoup de Mahorais (de Mayotte). Les enfants se régalent de pêcher quelques poissons et de se rafraîchir dans l’eau du Bras de la Plaine, de s’entraîner à la slackline. Les adultes se régalent de discuter mais la nuit nous rattrape et c’est dans la piscine chez Alex et François que nous terminons cette bien agréable journée autour de quelques bières.

Lundi 27 décembre 2021 :

Depuis le début de notre arrivée sur l’île, nous apercevons régulièrement des petits personnages bien sympathiques peints sur les murs, ayant le nom de Gouzous. D’une manière générale, nous apprécions les œuvres de street art aux quatre coins du monde et celles de l’artiste Jace prennent beaucoup d’ampleur à La Réunion. Nous décidons donc d’en faire l’occupation de notre après-midi. Audrey a repéré sur son GPS quelques-unes de ses œuvres et nous partons faire une petite tournée des alentours sur les communes du Tampon et de Saint-Pierre à la découverte des Gouzous peints sur des abris-bus, sur des transformateurs électriques ou bien encore sur de vieux murs. Jace, originaire du Havre, est l’auteur des Gouzous, ces petits personnages orange et sans visage que l’on trouve dans les rues des villes et au bord des routes depuis 1992. Sa renommée a dépassé le territoire ultramarin et ses œuvres sont présentes dans une trentaine de pays à travers le monde. Il y a même une boutique de produits dérivés à Saint-Pierre.

En fin d’après-midi, nous passons un sympathique moment sur le front de mer de Saint-Pierre avec une amie d’Émilie et de  Boris. Lisa est installée sur l’île depuis quelques mois en colocation avec Anaïs et Blandine, deux autres métropolitaines, et toutes trois ont rapidement trouvé du boulot en tant qu’infirmières. Elles sont enthousiastes : cette expérience sur l’île est d’une grande richesse et elles ne regrettent pas leur choix !

Mardi 28 décembre 2021 :

Tic-tac, l’arrivée de notre famille n’a jamais été aussi proche. Plus que deux jours. On guettait tous les nouvelles mesures sanitaires annoncées hier soir mais ouf, rien d’annoncé pouvant remettre en question leur venue. L’état d’urgence sanitaire nouvellement décrété à La Réunion, va certainement aboutir à la mise en place d’un couvre-feu le soir, mais on ne craint pas de confinement général.

Cet après-midi, pour la première fois alors que nous sommes déjà là depuis plus de 6 semaines, nous allons découvrir le lagon de L’Ermitage les Bains, sur la côte Ouest de l’île. Il fait partie de la Réserve naturelle marine créée en 2007. Un lagon aux eaux translucides et turquoises, ourlé d’une superbe plage de sable blanc ombragée de filaos. Une eau à 28°C protégée des vagues de l’océan et donc des requins par une immense barrière naturelle de corail longue de plusieurs kilomètres. L’air est à 29°C et la légère brise du Sud sublime l’instant. Je vous avais déjà parlé dans le précédent article de la biodiversité marine exceptionnelle de La Réunion et c’est encore un bonheur que d’enfiler nos costumes de bain, le matériel de snorkeling, et de prendre la caméra étanche, pour aller découvrir ce monde merveilleux sous-marin, un immense aquarium de poissons colorés et de superbes coraux.

Mais si nous sommes venus ici, et plus précisément à cet endroit devant l’Hôtel Lux, c’est parce que Lisa rencontrée hier, nous a dit qu’elle et ses amies ont pu nager avec des tortues marines il y a quelques jours. La probabilité de les voir est infime évidemment mais notre bonne étoile est toujours là et nous avons l’incroyable chance de nager presqu’une heure avec deux tortues mesurant un bon mètre de longueur. Instant mémorable qu’on avait déjà vécu aux Galápagos au large de l’Équateur dans l’Océan Pacifique, mais dont on ne se lasse pas. L’île de La Réunion porte décidément bien son nom d’île intense. Oui, elle ne nous laisse pas insensible.

Retour à la case à Saint-Pierre par la magnifique Route des Tamarins, passant par les Hauts et évitant désormais tout le littoral congestionné par la circulation, bien que ce soient actuellement les vacances scolaires. Des grandes vacances de 5 semaines où l’activité économique est au ralenti, et où beaucoup de Réunionnais profitent de rentrer en métropole.

Mercredi 29 décembre 2021 :

L’excitation monte et aussi l’angoisse quant au test antigénique que notre famille fait ce matin. On croise les doigts.

Nous avons rendez-vous aujourd’hui avec une famille de voyageurs. Le « Camigéon et les 5 ouragans » sont aussi partis de France pour rejoindre l’Asie du Sud-Est via la Russie, la Mongolie et la Chine avant de revenir par le Myanmar puis l’Inde et de shipper leur vieux C25 là où ils habitaient déjà auparavant, sur l’île de la Réunion. Ils font donc partie des heureux et rares propriétaires de camping-cars sur l’île bien que depuis quelques années, on commence à voir de plus en plus de vans aménagés. Nous passons un chouette moment avec Élodie, Vincent et leurs trois enfants, à l’ombre de platanes sur une belle aire de pique-nique aux Makes qui surplombe le littoral et les villes de Saint-Pierre et de Saint-Louis. Nous discutons de nos souvenirs communs de voyage en Eurasie, de nos projets respectifs. Comme beaucoup de voyageurs de retour d’un premier voyage et ayant repris leur vie d’avant, ils ne rêvent que de vite repartir sur les routes, ce qu’on leur souhaite de tout cœur.

Retour à notre case. Nous sommes rassurés par le fait que les quatre tests antigéniques, tout juste réalisés à quelques heures de monter dans le TGV pour rejoindre l’aéroport de Roissy, soient tous négatifs. Ouf, ils sont dans le train. Mais bon, nous serons pleinement rassurés quand ils seront dans l’avion.

Jeudi 30 décembre 2021 :

1h30 du matin, l’avion vient de décoller, je peux enfin m’endormir paisiblement. Plus que 11 heures de vol et 9500 km nous séparent.

Ce matin, avec Audrey, nous traversons l’île pour aller récupérer une voiture de location à Saint-André, puis après quelques courses, le Boeing 777 d’Air Austral se pose sur la piste de l’Aéroport Roland Garros de Sainte-Marie en même temps que nous arrivons. Nous pouvons enfin serrer très fort dans nos bras les gens qu’on aime. Que d’émotions ! A 10 jours près, cela faisait un an qu’on n’avait pas vu mon papa, ma marraine et mes beaux-parents. C’est la première fois qu’on est resté aussi longtemps sans voir personne car sur les deux premières années de notre cavale, on a eu la chance de recevoir de la famille ou des amis tous les trois ou quatre mois au maximum. L’Afrique de l’Est et centrale se sont ensuite moins prêtées à recevoir du monde. Et surtout ce fichu coronavirus a compliqué les choses pour prévoir des voyages. Nous avions ensuite prévu de recevoir la famille en Namibie, mais nous avions eu l’immense et inconsolable déception de voir ce voyage annulé au dernier moment.

Bien qu’ils aient voyagé de nuit, ils ont une petite mine et ils sont bien fatigués par le vol. Normal, ça fait plus de 20 heures qu’ils ont quitté leur maison à Bordeaux et à Poitiers pour nous rejoindre au bout du monde ! Ils nous disent merci de les accueillir mais c’est plutôt nous qui les remercions d’être là ! Eux comme nous, pouvons enfin souffler du stress des derniers jours.

Il ne reste plus qu’à rejoindre avec les deux voitures nos enfants qui sont restés à la case. Ils seraient bien venus accueillir la famille à l’aéroport mais il n’y avait pas tellement d’intérêt à les balader presque 5 heures en voiture ce matin et ils en ont ainsi profité pour faire école ce matin. Après une centaine de kilomètres, nous voici de retour dans le Sud-Ouest à La Ravine des Cabris, toujours chez nos amis Alex et François, qui en plus de nous accueillir, nous ont proposé de recevoir notre famille ! Quelle chance d’être tous réunis dans un si beau, si agréable et si confortable cadre.

15 heures, nous nous mettons à table ou plutôt à l’apéro avec un ti-punch créole. Bon, ce n’est pas grave, on ira acheter une deuxième bouteille de Rhum Charrette pour demain… A moins qu’on l’achète en bib’ de 5 litres ce qui coûtera moins cher… Mais il fallait bien un remontant pour fêter nos retrouvailles ! Bon, toujours est-il que ça va être dur de conduire cet après-midi… Mais c’est du repos qu’il faut à tout le monde aujourd’hui et on a le temps de profiter de l’île dans les jours à venir.

Chacun prend ses aises dans sa chambre. Victor partage sa chambre avec Papi et Anaïs avec Huguette. Déballage des valises. On comprend pourquoi ils étaient bien chargés quand on les voit sortir tous les cadeaux dont ils nous gâtent. Merci à eux, merci à ma grande sœur adorée pour les petits gâteaux et chocolats maison de Noël qui m’ont fait verser une bonne larme, merci pour les oreillettes, pour le vin, le champagne, le foie gras, le broyé du Poitou, les fromages, les chocolats et les bouchons de Bordeaux, les chocolats d’Alluyes… Merci à ceux qui ont ajouté des petits colis et des enveloppes garnies de délicates attentions. Merci à Colette et Armel, à Madeleine, à Jacques, à Marie-France, à Jocelyne… Oui, ils étaient très chargés ! Car en plus, nous les avions aussi chargés de nous rapporter plusieurs petites courses de produits qu’on ne trouve pas ici.

Après une petite balade digestive dans le quartier d’où ils reviennent les bras chargés de mangues tombées de l’arbre, c’est l’heure de plonger dans la piscine. Ce qui maintenant est devenu courant pour nous est pour eux invraisemblable, encore plus pour un 30 décembre : une eau à 30 degrés, un Soleil qui réchauffe l’air à la même température !

Bon, le sommeil rattrape nos invités après une dernière nuit où ils ont peu dormi dans l’avion et cette journée intense en émotions et en rhum (non, j’exagère), il est temps d’aller au lit !

Vendredi 31 décembre 2021 :

Dernier jour de l’année, 365ème fois de l’année où j’écris cette date de 2021 dans ce blog. Quelle année formidable nous venons de vivre mais encore une fois, le but de ce blog n’est pas de faire des bilans mais juste de vous retransmettre nos émotions du quotidien. Et quel intense quotidien nous vivons durant notre cavale démarrée il y a 3 ans et deux mois. Et quelle belle journée s’annonce, en famille, pour clôturer 2021 !

Heureusement, la météo sur le Volcan du Piton de la Fournaise est annoncée clémente pour aujourd’hui à la différence des derniers jours. C’est donc l’unique chance pour notre famille de voir l’éruption en cours car à partir de demain, un couvre-feu nocturne est mis en place pour les 3 prochaines semaines pour endiguer la pandémie de Covid.

En fin de matinée, nous partons en direction du massif volcanique. La chance est de notre côté en arrivant sur place et nous prenons notre pique-nique sous un kiosque.

Plus loin, nous marquons l’arrêt sur la route du volcan dans la Plaine des Remparts au Cratère de Commerson que nous ne connaissons pas encore. Un magnifique belvédère à 2310 mètres d’altitude a été installé en bordure de ce cratère afin d’admirer cette formation géologique impressionnante. Un magma d’origine profonde, très riche en gaz, a été puissamment poussé vers la surface il y a 2000 ans. Sous la pression, le sol s’est déchiré et a laissé s’échapper classiquement par la fissure des projections et des coulées de lave. Le niveau du magma a baissé brutalement dans la cheminée. L’eau présente dans le sous-sol a été alors aspirée et est entrée en contact avec la lave en fusion. La vapeur d’eau produite transforme dans ce cas le volcan en une véritable cocotte-minute sous pression et finit par faire sauter tout ce qui se trouve au-dessus. De très violentes éruptions ont projeté à grande distance, dans un nuage de cendres et de vapeur, les roches et les laves pulvérisées. Un cratère d’explosion s’est alors formé. Le calme est ensuite revenu avec la remontée du magma et la mise en place d’un lac de lave. Une fissure est apparue sur le versant de la Rivière des Remparts : elle a laissé s’écouler des millions de mètres cubes de lave fluide. Cette coulée a tapissé le fond de la vallée jusqu’au littoral situé 22 km plus bas au niveau de Saint-Joseph. A la fin de l’éruption, la cheminée s’est vidangée, le lac de lave a disparu, laissant ce cratère béant large de 200 mètres et profonde de 235 mètres, celui qu’on a sous les yeux.

Nous poursuivons notre route et nous descendons dans la mythique Plaine des Sables dont je vous ai déjà parlé précédemment dans les deux derniers blogs. C’est l’occasion pour notre famille de découvrir ce paysage lunaire indescriptible.

Puis, quelques kilomètres plus loin, c’est le bout de la Route Forestière du volcan longue de 25 km. Par chance, le panorama sur l’Enclos Fouqué et sur le Piton de la Fournaise est presque entièrement dégagé et mon papa pour la deuxième fois et Huguette et mes beaux-parents, pour la première fois, peuvent admirer ce paysage si exceptionnel ! Mais on le savait, le chemin d’accès à l’enclos est fermé à cause de l’éruption en cours.

Et c’est en reprenant la voiture sur quelques kilomètres que nous accédons au Parking de Foc-Foc. De là, nous laissons nos voitures et randonnons presque 6 km en direction du Piton de Bert, là où nous étions déjà pour le réveillon de Noël. Quelle chance pour nous de fêter nos deux réveillons de fin d’année dans un endroit pareil ! Nous surplombons du haut du rempart les différentes et anciennes coulées de lave des précédentes éruptions qui s’empilent.

Comme il y a une semaine, nous voyons déjà, alors que nous approchons de l’enclos, les premières projections de lave du cratère qui a au moins doublé voire triplé de volume depuis Noël ! Impressionnant. La physionomie a bien changé depuis. Les tunnels de lave qui étaient à la base du cratère sur une centaine de mètres se sont effondrés et on voit donc les coulées de lave juste au pied du dôme.

La coulée mesure toujours environ 2,5 kilomètres de longueur mais par contre elle s’est bien élargie car la lave est encore sur les parties plates de l’enclos et n’a pas commencé à s’écouler dans les Grandes Pentes vers l’océan. Par chance, on est bien placé pour entendre les explosions de lave. Il nous semble que les gerbes de lave sont plus régulières et plus intenses que la semaine dernière. Mais par contre, les nuages cachent pendant de longs moments le spectacle. Alors qu’on croit que cette fois-ci, c’est bouché et qu’on ne verra plus le volcan, d’un coup, les nuages disparaissent et nous permettent d’entrevoir la lave de plus en plus rougeoyante au fur et à mesure que la nuit tombe. Il nous offre des lumières magnifiques mais d’un coup la température chute. Nous sommes tout de même à 2250 mètres d’altitude une fois arrivés au Piton de Bert.

Quel bel endroit pour réveillonner !

Mais le froid et la fatigue commencent à se faire sentir et il reste encore 6 kilomètres à marcher de nuit avec un petit 100 mètres de dénivelé. Par 8°C, nous marchons sur le haut du rempart mais nous ne pouvons nous empêcher de marquer plusieurs arrêts pour admirer le volcan qui est maintenant bien dégagé. Quelle soirée !

Il est 22 heures quand nous arrivons à la voiture après une marche bien éprouvante d’autant plus que nos invités n’ont pas encore récupéré de leur long voyage d’hier. L’altitude aussi leur apporte un peu moins d’oxygène. Mais bon, c’était la seule soirée où on pouvait y aller avant le couvre-feu instauré demain et je pense que malgré l’effort de ce soir, ce réveillon restera inoubliable pour nous 8 !

Retour à 23h45 à la case à Saint-Pierre, et nous avons juste le temps d’enfiler nos maillots de bain et de sortir la bouteille de rhum pour sauter dans la piscine avant les 12 coups de minuit !

Samedi 1er janvier 2022 :

Bonne année !!!!! Les Mollalpagas en cavale vous présentent tous leurs vœux les plus chaleureux pour cette nouvelle année 2022 ! On s’en souviendra de ce réveillon sous les tropiques dans une eau à 30°C ! Et dire qu’on avait si froid il y a encore deux heures de temps. La Réunion a ceci de magique… Je crois que nous sommes en train de tomber amoureux de cette île intense. Elle ne nous laisse décidément pas insensible.

Bon, il est temps pour nous d’aller nous coucher… Bonne nuit…

Nos invités qui ne sont pas des gros dormeurs d’habitude (à part Huguette !) ne sortent pas du lit… même Liliane. Je pense qu’ils se souviendront de leur soirée d’hier !

Matinée tranquilou, à siroter des cafés, à prendre le temps de discuter ensemble, à savourer ces moments de retrouvailles, à expliquer à notre famille nos projets pour 2022, à déguster des oreillettes, à souhaiter la bonne année à notre famille par WhatsApp

On apprécie bien ces produits que nous a ramenés notre famille. Que c’est bon de manger du foie gras avec un bon verre de moelleux, de boire un bon Champagne… Merci encore…

Dans l’après-midi, nous nous rendons au cœur de la culture indienne, parmi les fidèles de la communauté tamoule de La Réunion pour assister à un moment particulier de leur vie : la marche sur le feu. Cette pratique millénaire a été introduite à La Réunion par les engagés, c’est-à-dire les premiers immigrants tamouls du Sud de l’Inde et de Ceylan au 19ème siècle. Avant 1848, les hindous de l’île de La Réunion étaient des esclaves mais après l’abolition de l’esclavage, les engagés indiens vivaient dans des conditions de semi-esclavage, leur culte a longtemps été diabolisé et interdit. Cette cérémonie glorifie chaque année, de décembre à janvier, la pureté de la déesse hindoue Pandialé qui n’a pas hésité à braver les flammes pour prouver sa fidélité. Cette fête est un héritage de la version tamoule du Mahâbhârata, grand poème épique et livre sacré en Inde. Des marches sur le feu, appelées Fêtes de Pandialé, sont donc organisées en général en début d’année dans plusieurs temples de l’île. C’est le cas au Temple des Casernes à Saint-Pierre, où nous nous rendons.

Après dix-sept jours de carême, de rites et de prières, de jeûne végétarien, d’abstinence sexuelle et une longue procession depuis le front de mer, les pénitents sont prêts à affronter l’épreuve du feu en échange d’une grâce divine. L’évènement attire beaucoup de monde. Il y a peu de place dans l’enceinte du temple. Les curieux montent sur les grilles, dans les arbres, sur les toits, sur des échelles, sur des poubelles…

Nous attendons longuement le début de la procession, à piétiner au milieu de centaines de fidèles et de touristes. Les fidèles ont commencé leur procession depuis l’océan au rythme des percussions. Nous apprécions les tenues des Tamouls si belles, si lumineuses, si colorées de teintes orange et jaune.

La Réunion a aussi cela de magique. Tout le monde se mélange. Une diversité culturelle invraisemblable et qui réchauffe le cœur. Il y a des personnes de toutes les couleurs autour de nous, évidemment de toutes les religions. La Réunion est une terre avec des traces de coutumes religieuses africaines ou malgaches, influencées par la vie et la présence catholiques, le renouveau de l’hindouisme, la pratique de l’islam, le tout dans le respect des religions des ancêtres chinois, mais aussi avec le succès des Témoins de Jéhovah, des Adventistes du septième jour, de la Mission Salut et Guérison, et il y a aussi une petite minorité de protestants. Bref, trois siècles d’Histoire qui ont laissé comme héritage cette pluralité liée à la diversité des teintes ethno-culturelles. On adore.

Le tikouli est en train d’être préparé. C’est la fosse accueillant le brasier. Nous sommes à plusieurs mètres et nous ressentons sa chaleur.

Puis les grilles du site religieux ouvrent. Les distanciations sociales ont un peu de mal à être respectées ! Des centaines (milliers ?) de personnes sont là, essayant de voir ce qui se passe devant celui qui est devant. Les pénitents arrivent de leur procession avec un char décoré, tiré par deux bœufs énormes. Le site sacralisé de la cérémonie est parsemé de pétales de fleurs puis des offrandes sont déposées au sol : noix de coco, citrons, épices…

Puis encore après une longue attente, dans un moment fort en émotion et en dévotion, le prêtre ouvre la cérémonie. Après une dernière parole pieuse, il ôte son collier de fleurs et le porte à son front, lève les bras vers le ciel en signe d’adoration, puis il le jette sur le tapis de braise. Si le rite est accompli correctement, les fleurs doivent rester intactes. Le prêtre s’avance, pieds nus, sur la braise à 700°C. Les fidèles, mains jointes devant la poitrine ou au-dessus du front, crient le nom de Govinda. Les tambours battent. Après avoir traversé le feu sur 5 à 6 mètres, les pieds sont plongés dans un bassin de lait qui rafraîchit les pieds. Malheureusement, et c’est un peu frustrant pour nos invités et pour nous-mêmes, on ne voit pas grand-chose de la traversée du tikouli par les fidèles. Mais la musique, l’odeur de l’encens, la ferveur de la foule, nous permettent de saisir l’intensité du moment. J’arrive à me frayer un chemin en passant par-dessus les grilles pour m’approcher du brasier.

Le prêtre marque ensuite les pénitents au front, d’une poudre rouge. Les gardiens du feu versent sur leurs têtes de grands seaux d’eau froide avant qu’ils ne franchissent chacun à leur tour le brasier sacré, suite à une promesse faite aux dieux pour obtenir leur grâce. C’est d’abord le tour du danseur-possédé, puis celui des trois porteurs de trône des divinités appelés Karlon (gros vase de cuivre surmonté d’un cône de feuillages de lilas, orné de guirlandes de fleurs). Viennent ensuite les porteurs de statuettes ou d’instruments culturels (sabre, sacrificatoire, trident…). Ils sont suivis à leur tour par les autres marcheurs. Tous les pénitents contournent le feu par la droite et reviennent à leur point de départ. En effet la coutume veut que l’on traverse le brasier à trois reprises.

La marche sur le feu s’effectue seul ou bien en groupe et est accompagnée de nombreux chants et diverses danses. La suprématie de l’esprit sur le corps ainsi que la force qui peut jaillir d’une énergie collective permettent aux fidèles de ne pas sentir la douleur. Cette expérience communautaire de retour aux sources est aussi une manière pour les hindouistes de montrer leur foi dans les énergies et esprits de la nature. Période de vérité pour les pénitents, la marche sur le feu qui remonte en Inde à 1200 av. J.-C est une étape importante de leur vie spirituelle.

La cérémonie se terminera plus tard par le sacrifice de boucs et de coqs en signe de remerciement. Il y a déjà plusieurs heures que nous sommes là et la fatigue nous poussent à rentrer à la case.