755 km parcourus du 30 novembre au 10 décembre 2019

44 335 km parcourus depuis le départ

Samedi 30 novembre 2019 :

Nous venons de passer notre dernière nuit sur le site de la bataille de Khe Sanh, que je vous avais décrit dans le dernier article. La nuit a été calme, sans un bruit, en plein milieu des champs de caféiers. Pour cette ultime nuit vietnamienne, pas de karaoké, personne qui vient frapper à la Tiny… ça fait du bien…

23 km nous séparent du poste frontalier de Lao Bảo côté Vietnam et de Davasan côté Laos.

Les formalités douanières de sortie du Vietnam se passent bien, une fois que nous avons retrouvé le titre d’importation temporaire que nous avions égaré et sans lequel nous n’aurions pu sortir. En fait, il était rangé à sa place… Côté Laos, pour notre deuxième entrée dans ce pays, nous obtenons assez vite le visa que nous achetons directement sur place en échange de 40 US dollars par personne. Puis, une fois l’immigration faite, c’est la traditionnelle étape d’importation du véhicule au bureau des customs. Et là, après avoir fait la queue 20 minutes au mauvais guichet, et après avoir trouvé le bon bureau où 3 douaniers acceptent de s’occuper de mon cas, il s’agit de me faire comprendre pour obtenir le précieux sésame. Mais comme je vous l’ai expliqué, nous ne sommes que de très rares voyageurs motorisés à être passés par le Vietnam et encore moins par cette frontière. Ce qui fait que je pense être parmi les premiers à y passer bien qu’on soit sur un axe important de circulation entre les deux pays. Malgré la bonne volonté des douaniers, ils m’expliquent que je ne peux pas entrer au Laos. Je les soupçonne un court instant de menace de corruption mais rapidement, je m’aperçois que non. Ils ne parlent pas anglais. Je ne parle pas Lao. Mon traducteur Google ne fonctionne pas car le réseau est coupé dans cette zone frontalière… Audrey me rejoint après avoir discuté avec un douanier qui lui a offert un paquet de canne à sucre. Nous sommes invités à nous asseoir dans leur bureau et recevons des bouteilles d’eau en cadeau. Alors que nous sommes déjà sortis du Vietnam, un agent douanier dont le bureau est juste à côté explique à son collègue du pays limitrophe que nous sommes sortis en règle du Vietnam. Finalement, il remplit son formulaire informatisé, et 15 minutes plus tard, le fameux papier vert sort à l’imprimante. Ouf… Nous le récupérons en échange de 50 000 kips, somme que nous avions déjà payée en entrant la première fois au Laos en septembre.

Nous roulons quelques kilomètres bien que les enfants soient affamés (comme toujours !). Arrêt dans un petit hameau aux maisons en bois sur pilotis. Nous mangeons rapidement, remettons en service notre carte SIM laotienne qui nous avait déjà servi le mois dernier. Puis je pars acheter des tickets à gratter pour la recharger de quelques gigas. C’est confortable d’arriver dans un pays que nous connaissons déjà, où nous avons déjà de l’argent liquide, une carte SIM, une assurance pour le véhicule et où nous avons déjà nos repères. Depuis le début du voyage, avec la France et l’Espagne, c’est le troisième pays où nous entrons pour la seconde fois. Le quatrième devrait être l’Inde une fois que nous aurons fait une incursion au Népal au mois d’avril prochain. Le cinquième sera l’Iran en juin. Le sixième sera peut-être l’Arabie Saoudite, une fois que nous aurons fait une incursion en Jordanie en août. Mais le programme a le temps de changer d’ici là ! quoique pas beaucoup car nous sommes en pleine réflexion sur notre itinéraire. Nous devons déjà anticiper les démarches avec une agence pour traverser le Myanmar et surtout prévoir les lieux pour faire nos prochains visas. C’est dès le Cambodge que nous allons faire nos demandes de visas pour l’Inde car ce ne sera plus possible dans les pays suivants. Heureusement, notre réseau de voyageurs et la présence sur de nombreux groupes Facebook de voyageurs nous aident beaucoup dans l’organisation de la suite de notre voyage. Il faut dire que les informations changent tellement vite.

Nous constatons un commerce incroyable de régimes entiers de bananes encore vertes. Des scooters sont lourdement chargés de 4 à 5 régimes pour faire transiter ces fruits depuis le Laos vers le Vietnam voisin.

Nous roulons sur une route droite. Nous traversons le pays d’ouest en est sur sa petite largeur. A peine 230 kilomètres nous séparent du Mékong qui marque la frontière naturelle avec la Thaïlande. La route est belle et n’a rien à voir avec l’état des routes plus au nord du pays. Un bel axe bitumé en bon état, sans trou qui nous permet de rouler à 90 km/h. Nous n’avions pas roulé à cette vitesse aussi longtemps depuis les belles autoroutes chinoises. La Tiny me remercie de pouvoir rouler ainsi et est satisfaite de pouvoir un peu se décrasser. Avec la qualité de gasoil que nous avons depuis quelques mois, elle ne fume plus noir comme dans les pays en stan, ou la Mongolie. Les petits réglages d’injection à Oulan Bator ont dû également améliorer la combustion. Bien qu’on soit sur un axe transfrontalier majeur, il y a très peu de circulation.

Nous traversons des hameaux où les maisons sont construites sur pilotis (parfois en béton). L’étage est un assemblage d’une ossature en bois et de panneaux de bambous tressés. Parfois, l’ensemble est en bois. Le rez-de-chaussée reste souvent un espace ouvert mais est parfois muré de briques.

Nous atteignons finalement en fin d’après-midi avant la nuit tombée (nous avons gagné une demi-heure de durée de jour depuis 48 heures en se déplaçant d’environ 400 km vers l’ouest) la ville de Seno. Nous avons rendez-vous avec la P’tite troupe en voyage. Nous n’avions pas vu Caro, Nicolas, Valérie et Vincent depuis Oulan Bator. Ils faisaient partie du malheureux groupe de voyageurs qui n’avaient pu obtenir leur visa chinois et qui avaient dû passer par Vladivostok, la Corée du Sud pour rejoindre par bateau le Cambodge. Et là, ils ont subi, ce dont je vous avais déjà parlé, un saccage de leur camion durant la traversée maritime. Leur camion, en même temps que celui des deux autres familles a été intégralement saccagé, vandalisé, vidé de son contenu y compris des biens les plus intimes, un véritable carnage dont nos amis ont du mal à se remettre. C’est un grand plaisir de pouvoir ainsi nous retrouver et partager nos aventures des mois passés et nos projets respectifs des mois à venir. Par chance, nous avons trouvé un bivouac hyper agréable sur une propriété privée sur laquelle nous sommes entrés par hasard hier soir. Nous avons demandé l’autorisation aux propriétaires de bivouaquer sur leur immense terrain herbeux et ils ont accepté avec un grand sourire.

Dimanche 1er décembre 2019 :

Nous avions prévu de rouler aujourd’hui mais finalement, le plaisir de retrouver nos amis, le bonheur de voir nos enfants jouer et sauter du haut d’un arbre dans un tas de paille avec les autres enfants de la famille qui nous héberge, la flemme de changer aujourd’hui la roue encore crevée à l’avant de la Tiny… fait que nous décidons de ne pas bouger aujourd’hui. Ça fait aussi du bien de buller après le rythme assez intense que nous avons eu au Vietnam le mois passé. Nous prenons du bon temps à échanger avec la P’tite troupe avec qui nous avions déjà partagé de bons moments en France, au Kirghizistan, au Kazakhstan et en Mongolie.

Le premier jour de ce quinzième mois de voyage est également dédié à l’ouverture du défi qui va consister ce mois à « allumer le feu du bivouac sans feu artificiel » sur la bonne idée de notre amie Manuela. Mais comme le hasard veut que Manuela sera parmi nous à la fin du mois, nous allons l’attendre pour qu’elle nous aide à le réaliser !

En fin d’après-midi, nous nous lançons dans une crêpe partie…

Lundi 2 décembre 2019 :

Nous ne traînons pas après l’école ce matin, car nous avons une grosse étape de route aujourd’hui. Nous quittons la P’tite troupe en voyage que nous recroiserons peut-être en Thaïlande courant janvier.

Après avoir regonflé ma roue avant droite en espérant pouvoir rejoindre la ville sans avoir à la remplacer, nous passons saluer la famille qui nous a gentiment accueillis, puis nous nous arrêtons au premier réparateur de pneu qui démonte la roue, enlève la vis, colle une rustine à l’intérieur et me demande 30 000 kips soit environ 3€. C’est parti plein sud. La route est belle et une fois encore, nous pouvons rouler à une bonne moyenne malgré le vent latéral assez fort. Les paysages ne sont pas exceptionnels mais nous voyons de belles petites maisons tout de même.

En fin d’après-midi, à Paksé, nous avons rendez-vous avec deux familles de voyageurs que nous n’avons pas vues depuis bien longtemps. La première est les Pourquoi pas (the Why Not Family) avec qui nous avions passé du bon temps sur l’île de Qeshm et que nous avions quittée sur les rivages du Golfe Persique dans le sud de l’Iran. Pour rejoindre l’Asie du Sud-Est, ils sont passés ensuite par le Pakistan, l’Inde, le Myanmar, la Thaïlande, le Cambodge, soit la route que nous allons prendre en sens inverse. La deuxième famille, c’est Gali et Compagnie avec qui nous avons également partagé tant de bons moments depuis la Turquie. Nos chemins s’étaient croisés à plusieurs reprises ensuite en Iran, au Turkménistan, au Kirghizistan, au Kazakhstan et évidement en Mongolie. Après, nos chemins s’étaient séparés car ils ont fait partie du malheureux convoi qui n’a pas eu son visa chinois et doublement peinés et abattus par la catastrophe du pillage de leur camion sur le bateau qui emmenait leur camping-car entre la Corée du Sud et le Cambodge (en même temps que la P’tite Troupe et que la Smalaventure).

Autant vous dire qu’avec ces 3 routes différentes prises par chacun d’entre nous, nous avons bien des choses à nous raconter… Bon, le bivouac n’est pas charmant. On a connu mieux ! On est à la gare routière / station-service de Paksé.

Mais nous restons tous ensemble jusqu’au départ du car de nuit qui va emmener les Pourquoi pas à Vientiane pour accomplir quelques démarches administratives. On croise les doigts pour qu’ils parviennent à obtenir leur visa chinois, ce qui est très compliqué pour eux pour les mêmes raisons que nous depuis la Mongolie.

Les enfants Edrian, Maëlia, Ntyalé, Mali, Tilio, Anaïs et Victor prennent plaisir à se retrouver et ont très certainement plein de choses à se raconter ! Les plus grands, Mariam, Loïc, Linda, Gaëtan et nous-mêmes partageons quelques Beer Lao en se racontant nos aventures, nos mésaventures, nos projets et en partageant des bons plans pour l’organisation des mois à venir… Qu’il est bon de retrouver les amis !!

Mardi 3 décembre 2019 :

Bien qu’on soit avec les amis, il nous faut garder le rythme de l’école car nous prévoyons de passer quelques jours ensemble. La matinée y est donc consacrée en partie ainsi qu’aux traditionnels points techniques : lavage du linge, plein d’eau et de gasoil, courses en bord de route et dans les supermarchés… Puis, nous partons en direction du Plateau des Bolovens, une grande zone à une altitude moyenne de 1200 mètres où nous partons faire une boucle de quelques jours. Une belle et large route quitte Paksé, en direction du haut plateau mais la pente et le vent de face ralentissent notre progression et augmentent la consommation.

Premier arrêt à la cascade de Tad E-Tu. L’endroit est quasi désert et nous profitons de la beauté du lieu bercés par le vacarme de la chute d’eau et fouettés par les embruns.

Puis, nous reprenons la route pour quelques kilomètres pour nous rendre sur un autre site de cascades voisin mais nous peinons à trouver un bivouac agréable. Nous virons et tournons, empruntons une piste bien accidentée dans l’espoir de trouver un petit coin sympa. Mais nous devons nous réfugier sur le parking d’une troisième cascade que nous visiterons demain. Après une difficile piste bordée de caféiers, un grand parking nous accueille. Un grand vent glacial également. Et nous qui pensions avoir chaud en Asie du Sud-Est en décembre ! Bon, faut pas se plaindre, on passe quand-même la journée en short… Mais ce soir, on apprécie de se réfugier autour d’un feu de bois ! et de quelques verres…

Mercredi 4 décembre 2019 :

Dès l’école terminée, nous descendons à la cascade de Tad Champi. Dans un magnifique écrin de verdure, un ensemble de 3 chutes se déverse dans un magnifique bassin. Nous arrivons à contourner le bassin pour passer derrière ce rideau d’eau. C’est tout simplement merveilleux. On s’amuse même avec une liane qu’on espère solidement accrochée…

Puis dans l’après-midi, juste à quelques petits kilomètres, c’est au tour des cascades de Tad Fane. Ces deux chutes jumelles sont spectaculaires avec leurs 120 mètres de hauteur. Ce sont les plus hautes du Laos. Le spectacle est magnifique.

Puis, nous décidons de braver l’interdiction de passage et de ne pas se fier au panneau « attention, danger, présence de cobras » et de rejoindre par un sentier la cascade voisine de Tad Yuang. Nous supposons (et espérons) que ce panneau de danger est juste là pour dissuader les randonneurs d’emprunter ce chemin un peu difficile et surtout qui évite de payer l’entrée de la deuxième cascade. La progression est difficile sur ce petit sentier au cœur de la jungle luxuriante de Dong Hua Sao, l’une des réserves naturelles les plus riches en biodiversité du pays.

Nous arrivons au sommet de la chute haute de 120 mètres. C’est tout juste merveilleux.

Malgré la fraîcheur de l’eau et le petit vent, avec Victor et Gaëtan, nous sautons dans l’eau.

Puis après une bonne grimpette, nous parvenons à la deuxième chute, celle de Tad Yuang. D’une hauteur de 40 mètres, elle se divise en deux bras. L’endroit, en cette fin de journée, est vide de touristes et c’est encore une fois tout simplement majestueux.

Nous croisons en chemin des femmes des minorités Alak et Katu, qui constituent les plus importants groupes ethniques de la région. Les femmes ont d’impressionnants écarteurs dans les oreilles.

Un sympathique couple de voyageurs allemands me propose de me raccompagner en moto au point de départ de notre petite rando car nous n’avons pas le temps de rentrer avant la nuit, pour récupérer la Tiny.

C’est dans la cour d’un temple à Lak 40 (les villages portent sur cette route tout simplement le nombre de kilomètres les séparant de la ville de Paksé) que nous trouvons refuge avant que la nuit tombe. Encore une belle soirée partagée avec nos amis Gali et compagnie.

Jeudi 5 décembre 2019 :

Petit tour en fin de matinée pour faire les provisions sur le typique marché de Paksong. Puis, nous roulons sur le Plateau des Bolovens au milieu des plantations de café et de thé, des exploitations de canne à sucre, des cultures de manioc, de maïs, de riz, de poivre et des bananeraies.

La vocation est donc essentiellement agricole mais la spécialité est la très réputée culture du café. C’est d’ailleurs vers une plantation de café que nous nous dirigeons avec nos amis Gali. Nous arrivons au bout du petit hameau de Ban Kok Boun Tai. On y accède en quittant le bel axe bitumeux pour emprunter une piste de terre rouge défoncée. Mais tellement défoncée qu’on ne peut entrer dans le village avec nos véhicules.

Nous nous garons à l’entrée et déjà, les habitants de ce petit village, bien qu’habitués à voir un peu de touristes, nous regardent avec un regard bien étonné quand nous garons nos deux montures. Les enfants par dizaines accourent. Nous sommes dans un village animiste où vivent une des nombreuses ethnies du Laos. Ici, ce sont les Katu. 59 familles vivent ici. 720 habitants. Ce qui fait une bonne moyenne par famille !

Le peuple Katu est un des 47 différents groupes ethniques que comprend le Laos, regroupés en trois grandes familles: les Lao Theung, les Lao Soung et les Thai-Kadai. Les Lao Theung (Lao d’en haut) sont bien souvent appelés les khas. Ils vivent ici dans les montagnes de moyenne altitude (entre 300 m et 900 m) sur le Plateau des Bolovens au Laos. Ce groupe ethnique austro-asiatique est estimé à seulement 3000 personnes qui se répartissent dans la Province de Saravane, cette province sud Laos, et dans la région centrale de la Cordillère annamitique située au Vietnam.

Nous partons découvrir le village et nous dirigeons vers l’adresse conseillée par d’autres amis voyageurs passés là il n’y a pas longtemps. Captain Hook tient une Homestay, une sorte de petite chambre d’hôtes autour de sa plantation de café. Le rendez-vous est pris pour demain pour la visiter.

En nous écartant un peu du village, nous prenons conscience de la culture intensive de manioc dont les tubercules sont découpés en rondelles avant d’être séchés puis vendus.

En contrebas du village, nous profitons d’un joli coucher de soleil sur les reliefs vallonnés du Plateau des Bolovens. Les femmes entretiennent les jardins potagers.

Vendredi 6 décembre 2019 :

Dès 9h30, nous sommes chez Captain Hook qui nous reçoit et nous fait visiter son village. Ce que nous pensions être au départ juste une visite de sa plantation se révèle être en fait une visite de 3 heures du village, des plantations, des jardins d’herbes médicinales… Captain Hook nous explique les fondements de sa culture animiste basée sur la croyance en l’esprit, et où le culte des morts est profond. Ils les considèrent comme des génies protecteurs. Nous en apprenons beaucoup sur les coutumes et les croyances, les rites liés à la naissance ou à la mort, les familles très nombreuses (sous son toit, vivent 22 personnes), les mariages précoces (les enfants sont promis dès 9 ans), la possibilité d’avoir une ou plusieurs femmes selon sa richesse… Tout cela dans le calme des plantations de caféiers. Quelques enfants du village nous accompagnent.

C’est passionnant. Nous découvrons les plantations de café, de manioc. Nous goûtons de grosses fourmis auxquelles il enlève la tête. Un petit goût citronné se répand dans notre bouche. Puis il prélève la sève d’une plante, plonge dans ce liquide une brindille qu’il a nouée, souffle et fait s’envoler plein de petites bulles. Il nous montre les plantes qui soignent les maux de ventre, celles qui soulagent les maux de tête. Il nous montre une technique de chasse permettant de tuer un oiseau à 5 mètres de distance simplement avec une tige un peu rigide d’une plante.

Il nous explique les symboles de richesse que sont le fait d’avoir une moto, une parabole. Dans ce village, aucune voiture, mais quelques deux roues, motoculteurs ou petits tracteurs pour les plus riches. Les maisons sont en panneaux de bambous tressés ou en bois. Des greniers à riz sont construits dans les mêmes matériaux à côté des maisons et les habitants y stockent leurs futurs cercueils, détournant l’attention des mauvais esprits.

Pendant que nous nous promenons, la vie au village suit son cours tranquille. Des enfants parfois nus pour les plus jeunes jouent en faisant rouler des pneus au milieu de poules et des cochons. Des femmes portent des paniers remplis de bois ou travaillent dans les champs. La lessive se fait dans le cours d’eau. Des jeunes écoutent de la musique anglophone sur leurs enceintes Bluetooth en fumant une pipe en bambou. Captain Hook nous explique que beaucoup de gens, jeunes et vieux, fument, la fumée permettant de chasser les mauvais esprits. Dans ce village animiste, tous les actes et objets de la vie quotidienne sont liés à la présence des esprits.

Les enfants livrés à eux-mêmes se soignent en s’aidant les uns les autres lorsque l’un se blesse. Un petit pansement avec une feuille de bananier et c’est reparti pour de nouveau courir pieds-nus.

Retour chez Captain Hook où il nous montre les différents stades de mûrissement du grain de café. Nous apprenons que la culture traditionnelle de café est généralement respectueuse de l’environnement, en particulier parce que ce mode de culture nécessite peu de pesticides et d’engrais chimiques, contrairement à la culture de manioc qui se développe sur le Plateau des Bolovens. La culture du café fait vivre ici un très grand nombre de personnes, car la cueillette n’est pas mécanisée ; il s’agit de ne cueillir que les grains de cafés arrivés à maturation. Comme les saisons sont très peu marquées dans la région inter tropicale, on peut trouver sur un même caféier aussi bien des fleurs que des grains arrivés à maturation. Cela oblige à repasser plusieurs jours de suite sur le même arbuste mais procure les meilleures qualités de café. Un jeune caféier est productif trois à quatre ans après plantation. Ensuite l’arbuste peut vivre pendant de nombreuses décennies. La cime est rabattue pour éviter un trop grand développement en hauteur.

Les fruits parviennent à maturité, six à huit mois après la floraison pour l’arabica, neuf à onze mois pour le robusta. L’arabica est plus onéreux que le robusta, car il contient plus de saveur et moins de caféine. Ces deux variétés sont les espèces les plus répandues et les plus commercialisées mais ils produisent aussi du café typica et excelsior. Le fruit du café est une fève recouverte de la chair d’un fruit. Après la récolte, le café doit être rapidement débarrassé de son enveloppe charnue par séchage ou par lavage. Le séchage se pratique sur des aires de séchage, où les cerises de café sont étalées et régulièrement ratissées. En quelques jours, la partie charnue se déshydrate et se désagrège en partie. Selon la taille de l’exploitation, nous voyons les locaux devant chez eux retourner à l’aide d’un râteau les grains de café ou bien alors en moto !

Ensuite, les petits exploitants vendent leur production à des négociants et des torréfacteurs qui vont transformer le grain de café. Différentes opérations ont lieu : lavage, triage, décorticage, puis torréfaction.

Puis la femme de Hook se met après les avoir triés un à un, à torréfier au feu de bois des grains de café. Cela met environ 45 minutes à changer de couleur : blond, cannelle, brun, brun foncé, noir crème à quasiment noire. Au fur et à mesure, l’arôme se développe avec une merveilleuse odeur. Avec la torréfaction, les grains doublent de grosseur tout en perdant leur humidité. Lorsque la température à l’intérieur atteint environ 200 °C, les huiles sortent des grains. Les grains se fissurent d’une façon semblable à celle du maïs soufflé qui explose sous la chaleur. La fine enveloppe du fruit s’envole. Ce sont ces grains de café que nous regardons se torréfier que nous allons acheter. Plus d’une demie heure sera nécessaire ensuite pour moudre ce café dans un pilon. Nous allons le savourer, ce café ! Nous en buvons un, dans une tasse avec un filtre en bambou, tandis que nous sont expliquées les multiples vertus de cette plante. Ses antioxydants servent également pour les soins de la peau, pour réduire les risques de cancer ou de maladie d’Alzheimer, ou même pour contrer la perte de cheveux !

Le reste de la journée se passe tranquillement sur notre bivouac où les enfants et les adultes du village nous observent discrètement mais avec beaucoup de curiosité.

Puis, nous passons de nouveau une belle soirée avec nos amis angevins. Cette belle rencontre avec les Gali et compagnie n’est pas sans nous rappeler les si bons moments que nous avions partagés avec également nos amis angevins (la Mamayouria) et bretons de notre premier voyage en Amérique du sud.

Samedi 7 décembre 2019 :

La lessive dans laquelle je me lance intrigue beaucoup les villageois. Notre petite machine à laver électrique les fascine !

Les petits enfants continuent à jouer autour de la Tiny. Ils sont adorables ! Ils s’amusent avec deux cercueils (vides !). Ils jouent avec des rondins de bois, des cordes à sauter faites en lianes ; ils font rouler des pneus usagés ou encore confectionnent des petits moulins à vent avec des feuilles. Ici pas de jouets en plastique ou de consoles de jeux !

Petit passage par le marché voisin.

Puis, nous traversons la route et allons visiter l’autre partie du village de Ban Kok Boun Tai. Nous prenons plaisir à observer le calme de la vie laotienne, les petites maisons construites sur pilotis autour de puits. L’eau courante arrive dans beaucoup de maisons et elles semblent toutes raccordées au réseau électrique. Quant à la 4G, elle passe partout ! On est d’ailleurs garé sous l’énorme antenne du village mais c’est le seul endroit accessible et plat où nous ayons trouvé refuge…

Ensuite, nous descendons observer le travail agricole autour des rizières, des parcelles de caféiers qui semblent être de plus en plus remplacées par des cultures de manioc dont la production est exportée en Chine pour être transformée en glutamate. Nous ne recevons que des sourires, des « sabaïdee », des gestes amicaux de la main.

Puis, après avoir laissé nos enfants sur le bivouac, nous partons en amoureux refaire un tour du village et nous nous arrêtons boire un café dans une homestay. Ou plutôt déguster un café. Ou tout simplement déguster ce si long moment de préparation. La propriétaire des lieux n’est pas là mais sa fille d’une dizaine d’années, très dégourdie, nous accueille. Elle se dépêche d’aller chercher un bocal de café robusta et de piler avec ses petits bras l’équivalent de 3 bonnes cuillères à soupe de café par tasse ! Sa maman nous rejoint avec d’immenses sourires. Elle prend la relève et allume le feu pour faire chauffer l’eau. Nous discutons avec elle.

Puis elle nous fait visiter sa maison. A l’étage, elle est fière de nous faire visiter l’espace nuit où plusieurs générations dorment dans la même pièce, juste séparées par un mince rideau. La cuisine est dans une autre pièce, également sur pilotis. Le foyer servant à la cuisson est isolé du plancher de bois par une grosse pierre plate.

Retour à notre Tiny, et nous retrouvons les enfants bien occupés à confectionner un arc et des flèches avec d’autres jeunes du village.

Puis, en cette fin d’après-midi, il est temps de préparer nos sacs à dos car ce soir, nous abandonnons notre Tiny pour aller passer la nuit en Homestay chez Captain Hook dans un endroit ravissant. Un petit coin de paradis à 15 minutes à pied du village. Pour moins de 4€ par personne, nous nous offrons un moment qui restera un temps fort de notre séjour au Laos car nous allons le partager dans cette famille si chaleureuse.

Après avoir profité du coucher du soleil, nous remontons au village. Audrey et Linda se mettent aux fourneaux avec la femme de Captain Hook. Des légumes verts ont déjà été découpés. Elles coupent et rincent des vermicelles de riz puis aident à piler des cacahuètes jusqu’à obtenir une pâte huileuse. Puis elles rejoignent le reste de la famille dans la cuisine pour ajouter les derniers ingrédients à cette sauce : sel, ail, oignons verts émincés et eau chaude pour diluer la pâte d’arachide. Dans cette cuisine, se prépare le repas pris par les quelques touristes quotidiens comme nous mais également le repas des 26 personnes vivant sous le même toit. C’est l’effervescence dans cette grande pièce enfumée par les quelques feux de bois et par les pipes à eau que fument les enfants et les adultes. Plusieurs générations cohabitent donc ici. Le doyen fume sa pipe en ne quittant pas des yeux l’écran de la télé où est diffusé du sport de combat, à part pour nous offrir quelques jolis sourires.

Pendant ce temps, les enfants jouent avec les autres enfants du village. Ces derniers jouent avec un scorpion avant de l’incinérer…

Le repas nous est servi et nous le partageons avec les membres de la famille. L’instant est magique. Nous vivons ces moments que nous cherchons tant à partager durant notre tour du monde, celui où on peut entrer dans l’intimité des familles. Non par voyeurisme mais simplement pour chercher à voir comment ils vivent, pour observer leurs coutumes et traditions. Nous nous régalons de ce copieux et savoureux plat. Les légumes et les petits morceaux de poulet émincé sont mis à cuire sur un plat en métal conique, posé sur un brasier. Sur la partie haute, les morceaux de viande grillent, tandis que tout autour, un bouillon permet de faire cuire les légumes et les vermicelles de riz. Nous plongeons viande et légumes dans la succulente sauce de cacahuètes.

Nous quittons nos hôtes alors que les plus anciens se sont déjà couchés derrière les rideaux créant un peu d’intimité entre les différentes générations.

Nous nous amusons de certaines mauvaises contrefaçons vestimentaires que portent certains villageois !

C’est à la lumière de nos torches que nous rentrons dans nos chambres en traversant les cultures de caféiers. Nous sommes accompagnés par le couple Hook qui ne veulent pas nous laisser dormir seuls et qui préfèrent monter leur tente et dormir sur la terrasse en bois de la maison. Ils nous avouent aussi préférer le calme de cet endroit par rapport à celui du village où ils habitent bien qu’on le trouve déjà si reposant. Mais c’est vrai que l’activité commence très tôt le matin. Dès 3 heures du matin, beaucoup d’habitants sont déjà en train de reprendre leurs activités.

La soirée se poursuit autour du feu et des bières de 640 ml. Nous préparons l’accompagnement du petit déjeuner de demain. Il s’agit de découper des lanières de feuilles de bananiers et de les plier en tentant d’imiter les gestes précis de notre hôte après avoir garni ces petits triangles de riz. Ces petits sachets vont tremper toute la nuit dans l’eau froide puis cuire une heure demain dans l’eau bouillante. C’est une version du typique sticky rice ou riz gluant que l’on consomme tant au Laos.

Dimanche 8 décembre 2019 :

Pas besoin de mettre nos habits ce matin car nous avons dormi tout habillés pour ne pas avoir trop froid cette nuit. Nous profitons de la beauté des lieux avant de remonter à la homestay pour y prendre le petit déjeuner assez copieux (5 sandwichs garnis !).

Retour dans notre petit nid douillet puis école.

Puis en début d’après-midi toujours en la bonne compagnie des Gali, nous reprenons la route pour continuer notre petite boucle sur le Plateau des Bolovens en direction de Tad Lo.

Un petit rassemblement de voyageurs s’organise avec la présence de la Smalaventure (que nous n’avions pas vue depuis la Mongolie, c’est la troisième famille à être passée par la Corée n’ayant pas eu son visa chinois et qui avait aussi été vandalisée dans le shipping) ainsi que des Pourquoi Pas. Les onze enfants réunis prennent autant de plaisir à se retrouver que les 8 adultes. Les berges de la rivière font un bon terrain de jeu pour les petits. Quant aux adultes, c’est autour d’un bon feu de camp que nous passons une soirée prolongée.

Lundi 9 décembre 2019 :

Journée comme on les aime. A prendre notre temps, à discuter avec les amis voyageurs, à bricoler, à s’entraider pour les devoirs des enfants quand la leçon de chimie est un peu trop compliquée, à s’échanger des recettes ou quelques outils, à boire quelques Beer Lao, à profiter de la machine à laver des Gali (plus grande que la nôtre) et de la rivière pour laver les draps qui reprennent un (petit) peu d’éclat…

En milieu d’après-midi, nous partons tous les 4 marcher le long de la rivière Xe Set. Nous tombons sur la première cascade de Tad Lo près de laquelle nous bivouaquons.

Nous faisons une belle rencontre avec un Lao. On échange, lui en lao, nous en français. Mais on se comprend. Il nous fait une démonstration de l’instrument à corde qu’il s’est construit. Il nous explique avoir fait la guerre contre les français.

L’arrivée dans le village de Chiangtangle nous rappelle le village de Ban Kok Boun Tai où nous avons séjourné les jours passés. Les maisons de quelques m² sont toujours en bois ou en panneaux de bambous, sur pilotis. Les jeunes enfants travaillent au jardin potager pour l’arroser. Les villageois font leur toilette à la rivière.

La place centrale du village avec sa maison communale est immense, en terre battue. Ici pas de voitures. A part notre véhicule car nous sommes passés hier par erreur dans ce village. Autant vous dire que notre passage en Tiny a interpellé les villageois !

En demandant confirmation du chemin à prendre pour la poursuite de notre itinéraire, nous continuons à marcher le long de la rivière en traversant des rizières et des cultures de manioc.

Puis, c’est l’arrivée aux villages de Ban Tad Soung et de Khiangtat-Soung. Ici, vivent d’autres ethnies, les Ngae Souay et Ta-Oy. La maison communale cérémonielle (hor kuan) est le centre de la vie culturelle et religieuse comme dans les autres villages que nous avons visités.

Dans ce village, pas de signe extérieur de richesse à part pour cette “belle” maison close de hautes grilles. Un enfant joue seul dans la cour bétonnée. Certes plus de confort, mais qui est le plus heureux, ce petit enfant jouant seul ou bien tous les autres jouant ensemble sur la place commune ?

Les gamins jouent dans ces petits villages avec trois fois rien comme vous avez pu le voir dans les photos de cet article. Les jouets en plastique n’ont pas fait leur apparition ici. Au mieux, on voit un ou deux vélos par village et encore les pneus sont à plat, il manque la selle ou bien alors la chaîne ne tient pas en place sur les pignons.

Nous traversons de magnifiques potagers qu’arrosent les adultes et les enfants en cette fin de journée une fois que les températures commencent à baisser.

C’est l’arrivée à la cascade de Tad Soung haute de plus de 80 mètres. Mais le barrage hydro-électrique voisin est certainement responsable du mince filet d’eau de cette cascade. De même que des variations importantes de plusieurs dizaines de centimètres de la même rivière qui coule près de notre bivouac au cours d’une même journée.

Mais bon, rien que pour la beauté de ce chaos rocheux que les enfants se régalent à escalader mais surtout pour ces jardins potagers traversés et de ces petits villages, nous ne regrettons pas notre balade. Retour en pressant le pas car la nuit ne va pas tarder à tomber. Nous montons donc dans la benne d’un petit camion jusqu’au village de Tad Lo. Mais les récentes inondations ont emporté le pont, ce qui nous oblige à faire un grand détour. C’est donc en taxi que nous faisons quelques kilomètres jusqu’à notre bivouac.

Encore une belle soirée partagée entre voyageurs.

Mardi 10 décembre 2019 :

Dernière journée avec nos amis avant que nos routes ne se séparent. Nous laissons donc les enfants ne pas faire école et profiter quelques derniers instants des petits copains dans leur formidable terrain de jeu des derniers jours.

Avec Audrey, nous allons profiter de la cascade de Tad Lo qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres. Le spectacle est magnifique.

Quelques éléphants malheureusement enchaînés sont dirigés par leur cornac. Ils sont là pour les touristes désirant monter sur leurs dos. Mais cela nous fait encore plus de peine de les voir dans cet environnement après les avoir vus au Mekong Elephant Park dans le nord du pays dans des conditions qui n’ont rien à voir !

Le moment est venu de quitter nos amis qui filent vers le nord et nous vers le sud. C’est avec tristesse que nous nous séparons car nous savons que nous ne nous reverrons certainement plus en voyage mais en France la prochaine fois. Nous avons partagé tellement de bons moments ensemble depuis des mois que l’émotion est forte et que les larmes coulent. Nous souhaitons à chacun d’entre eux énormément de bonheur dans la fin de leur voyage et la réalisation de beaux projets à leur retour en France.

Nous prenons la route et terminons notre boucle sur le Plateau des Bolovens en observant toujours le café qui sèche sous les températures approchant des 30°C.

Petite pause dans le village de Ban Hoay Houn Tai où vit l’ethnie des Katu. Nous achetons au marché artisanal un tissage.

Puis, nous allons nous réapprovisionner et manger au marché de Paksé, un immense marché couvert où tout se vend y compris des copies de grandes marques de chaussures !

Nous retrouvons les berges du Mékong. Mais il est ici beaucoup plus large que lorsque nous l’avions laissé à Luang Prabang dans le nord du pays. Nous bivouaquons à Champasak, près du site que nous irons visiter demain.